Abbas échoue à faire de l’UE le nouveau négociateur pour la paix

Washington reste incontournable dans n’importe quel processus de paix, a affirmé Bruxelles au chef de l’AP

Le vice président américain Mike Pence et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la résidence du Premier ministre de Jérusalem, le 22 janvier 2018 (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Lundi a été une journée significative qui restera dans les annales du conflit palestinien. Mais à la place des querelles conventionnelles dont nous avons pris l’habitude, qu’elles soient violentes ou rhétoriques, les deux parties se sont engagées en ce jour dans ce qui pourrait être qualifié de guerre diplomatique par procuration.

Même s’il semble actuellement hors de portée, les leaders israélien et palestinien savent bien que, tôt ou tard, il y aura un autre chapitre dans la saga du processus de paix et, lundi, ils se sont affrontés pour déterminer qui pourra l’écrire.

Les Israéliens travaillent avec ardeur pour s’assurer une bonne position de départ en vue de la reprise des négociations tandis que les Palestiniens tentent de trouver un nouveau parrain pour les pourparlers.

A la fin d’une longue journée, il est apparu qu’Israël avait remporté cette manche.

En raison de la reconnaissance par la Maison Blanche de Jérusalem en tant que capitale israélienne, le 6 décembre, les Palestiniens sont bien décidés à ne plus accepter dans le rôle d’intermédiaire honnête l’administration américaine lors d’éventuels pourparlers. Israël, toutefois, reste convaincu que les Etats-Unis sont la seule partie susceptible de présider les négociations de paix et oeuvre à se faire aimer de l’administration.

Lundi, Ramallah et Jérusalem ont cherché à faire avancer leurs positionnements aux côtés de leurs « patrons » respectifs : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accueilli le vice-président américain Mike Pence, lui réservant les honneurs et lui montrant son affection dans une tentative visant à renforcer les dispositions pro-israéliennes de Washington. Au même moment, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas se trouvait à Bruxelles, tentant de courtiser l’Union européenne avec l’espoir qu’elle se porterait volontaire pour remplacer Washington à la fonction de parrain du processus de paix.

« L’UE doit jouer un rôle politique dans le processus de paix au Moyen-Orient pour atteindre une solution juste sur la base des termes et des décisions qui ont été internationalement reconnus », a dit Abbas alors qu’il se tenait aux côtés de la cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini.

Ses propos sont survenus à peu près au même moment où Pence, s’exprimant depuis la tribune de la Knesset, promettait de relocaliser l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem avant la fin de l’année 2019.

Le vice-président américain Mike Pence, à la Knesset, le 22 janvier 2011. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Sous la gouvernance du président Trump, les Etats-Unis d’Amérique restent pleinement déterminés à réaliser un accord de paix durable entre les Israéliens et les Palestiniens », a dit Pence juste après sa promesse sur l’ambassade.

Les Palestiniens ont été mécontents et ont continué à contrarier les Américains.

« Le discours messianique de Pence est un cadeau fait aux extrémistes et il a prouvé que l’administration américaine fait partie du problème plutôt que de la solution », a estimé Saeb Erekat, haut-responsable de l’Organisation de libération de la Palestine, en réponse à l’allocution vice-présidentielle à la Knesset.

Pendant ce temps, à Bruxelles, Abbas a tenté de convaincre l’UE de reconnaître un état palestinien dans la mesure où une telle initiative, a-t-il affirmé, ferait avancer la cause de la paix.

« Nous considérons véritablement l’Union européenne comme un véritable partenaire et une amie et nous appelons donc ses états-membres à reconnaître rapidement l’état de Palestine », a-t-il dit.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, est accueilli par la cheffe de la politique étrangère de l’UE Federica Mogherini avant un conseil des ministres des Affaires étrangères européens à la Commission européenne de Bruxelles, le 22 janvier 2018 (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP)

Et en effet, dimanche, l’information a émergé que la Slovénie pourrait reconnaître « l’état de Palestine » dans quelques semaines et que trois autres états-membres de l’Union européenne pourraient lui emboîter le pas.

Toutefois, l’espoir affiché par Abbas de ce que l’Union européenne puisse remplacer les Etats-Unis comme principale tutrice du processus de paix israélo-palestinien – quelque chose qui, si cela devait arriver, constituerait un changement spectaculaire au bénéfice des Palestiniens, Bruxelles soutenant très largement leurs positionnements – a peu de chances d’aboutir (L’UE soutient un état palestinien sur les lignes de 1967, avec Jérusalem-Est comme sa capitale).

Parce que d’une part – Netanyahu l’a établi on ne peut plus clairement et à de nombreuses occasions – Jérusalem n’acceptera que les Etats-Unis comme négociateur de paix : Il ne veut ni la Russie, ni la Chine, ni l’ONU, et certainement pas l’UE qu’il considère comme particulièrement hostile envers Israël.

« Il n’y a pas d’autre alternative que le leadership américain dans le processus diplomatique » a ainsi déclaré Netanyahu aux ambassadeurs israéliens dimanche. « Quiconque n’est pas prêt à parler de la paix avec les Américains – ne veut pas la paix ».

Aucune initiative ne permettra de ramener les deux parties à la table des négociations si le cadre multilatéral international ne comprend pas les Etats-Unis

Les Européens eux-mêmes s’intéressent à la perspective de jouer un « rôle central » dans la reprise du processus de paix, a déclaré Mogherini lundi, mais elle a également reconnu que les Etats-Unis doivent en effet rester un intervenant incontournable.

Ce qu’il faut, a-t-elle maintenu, c’est un « cadre multilatéral » qui comprendrait le Quartet pour le Moyen Orient – l’UE, les Etats-Unis, les Nations unies et la Russie – plus « quelques pays arabes et peut-être la Norvège ».

« Aucune initiative ne permettra de ramener les deux parties à la table des négociations si le cadre multilatéral international ne comprend pas les Etats-Unis », a-t-elle estimé.

« Les Etats-Unis seuls n’y suffiraient pas, la communauté internationale sans les Etats-Unis n’y suffiraient pas. Nous devons rassembler nos forces ».

La cheffe de la politique étrangère de l’UE Federica Mogherini arrive à la Commission européenne à Bruxelles pour une réunion du conseil des affaires étrangères, le 22 janvier 2018 (Crédit : AFP PHOTO / EMMANUEL DUNAND)

L’administration Trump, qui se bat pour aboutir à « l’accord ultime », serait plus que satisfaite d’avoir l’appui des pays européens et arabes. Cela fait longtemps que les responsables américains affirment que la communauté internationale a un rôle important à jouer en termes de soutien.

C’est également la raison pour laquelle l’envoyé pour la paix de Trump Jason Greenblatt devrait assister à la conférence organisée le 31 janvier qui réunira les plus grands donateurs à l’Autorité palestinienne à Bruxelles.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah participera lui aussi à cette réunion extraordinaire du comité de liaison Ad-Hoc, qui devrait marquer la première rencontre entre un responsable de la Maison Blanche et un responsable de l’AP depuis la déclaration de Trump sur Jérusalem.

Il sera intéressant de voir si Ramallah utilisera cette réunion pour revenir sur sa position et pour se ré-engager de manière constructive auprès de Washington ou si Abbas continuera à boycotter l’administration et à chercher à faire avancer ailleurs son objectif de fondation d’un état.

Le vice-président Mike Pence après qu’il a signé le livre d’or de la Knesset, le 22 janvier 2018 (Crédit : AFP Photo/ Pool/ Ariel Schalit)

Même s’il a été boycotté par l’AP durant le voyage qu’il a effectué cette semaine dans la région, l’un des principaux messages de Pence a été que l’administration garde la porte ouverte à Abbas.

« Nous recommandons vivement aux leaders palestiniens de revenir à la table des négociations », a-t-il déclaré à la Knesset. « La paix ne peut survenir qu’à travers le dialogue ».

L’accueil chaleureux réservé au vice-président américain par les Israéliens de presque tout le spectre politique a encore renforcé l’alliance entre les Etats-Unis et l’Etat juif, plaçant Netanyahu en bonne position de départ si -et quand – Washington devait faire part de sa proposition de paix.

La mission d’Abbas de recruter les Européens comme nouveaux tuteurs du processus de paix semble, pour sa part, avoir largement échoué.

Source: Times of Israël

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