Les Palestiniens courtisent la Russie pour l’intégrer au processus de paix

Ramallah cherche un nouvel intermédiaire pour mener les pourparlers de paix ; les responsables russes ont entendu les inquiétudes israéliennes sur les missiles iraniens

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Bethléem, en 2011. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Après avoir déclaré que les Etats-Unis ne sont plus en mesure d’agir en tant que « négociateur honnête » dans le processus de paix avec Israël, l’Autorité palestinienne tente désormais de persuader la Russie de tenir un rôle dans les efforts mis en œuvre pour résoudre le conflit.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas devrait rencontrer le président russe Vladimir Poutine dans la station touristique de la mer Noire de Sotchi, le 12 février.

Abbas dira à Poutine que les Palestiniens ne pensent plus que l’administration Trump soit en mesure de jouer un rôle « constructif » ou « positif » dans les efforts de la paix avec Israël, a fait savoir un responsable de l’AP à Ramallah. Le président de l’AP a également cherché à ce que l’Europe s’implique davantage dans le processus de paix.

Les relations entre l’AP et l’administration américaine se sont rapidement détériorées après que Trump a reconnu Jérusalem en tant que capitale israélienne, au mois de décembre dernier. Les menaces américaines de couper les fonds à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient ont encore davantage attisé les tensions entre l’administration Trump et l’AP.

« Nous espérons que la Russie et l’UE s’impliqueront pour combler ce vide », a expliqué le responsable de l’AP. « Nous pensons que ces pays peuvent et doivent jouer un rôle plus important dans n’importe quel processus de paix après les politiques hostiles de l’administration Trump envers les Palestiniens et au regard de leur partialité envers Israël ».

Le président américain Donald Trump s’entretient avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’une réunion bilatérale en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 25 janvier 2018 (AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

Jeudi, Abbas a rencontré dans son bureau de Ramallah deux hauts-responsables russes, Nikolai Patrushev, secrétaire du conseil de sécurité et le vice-ministre aux Affaires étrangères Mikhail Bogdanov.

Le secrétaire-général de l’OLP Saeb Erekat et le chef du renseignement de l’AP Majed Faraj ont assisté à cette réunion avec des émissaires russes.

Abbas leur a dit que l’AP s’intéressait au développement et au renforcement de ses relations avec la Russie. Il a également fait par de sa gratitude pour le soutien apporté aux Palestiniens dans des secteurs variés, selon l’agence de presse officielle palestinienne Wafa.

Abbas a souligné l’importance du positionnement politique de la Russie en raison de son « poids formidable au sein de l’arène internationale et dans le cadre du Quartet qui doit continuer à jouer un rôle équitable et juste », a fait savoir Wafa.

En plus de la Russie, le Quartet sur le Moyen-Orient, qui a été établi en 2002 à Madrid, comprend les Nations unies, les Etats-Unis et l’Union européenne.

Wafa a cité les responsables russes, qui auraient déclaré que Poutine était impatient de rencontrer le président de l’AP. Ils ont également réaffirmé le soutien continu de la Russie aux Palestiniens et aux efforts paix au Moyen-Orient.

Afin de rallier la communauté internationale contre les Etats-Unis, Abbas prononcera également un discours rare devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 20 février, a fait savoir jeudi le président du conseil.

L’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Dannon, a pour sa part expliqué que l’allocution d’Abbas devant le conseil risquait de nuire encore davantage aux perspectives de négociation directe avec Israël.

Le Liban, « une base de missiles contre Israël »

Avant de partir à Ramallah, les responsables russes ont rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem pour des entretiens qui ont portés sur la coopération sécuritaire et les tentatives de l’Irans pour s’implanter au Liban. Netanyahu avait rencontré lundi Vladimir Poutine.

Le secrétaire du conseil de sécurité de la fédération russe Nikolai Patrushev, à gauche, rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 1er février 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

La visite en Israël de la délégation russe s’inscrit dans « le cadre du dialogue entre les équipes de sécurité nationale israélienne et russe suite au premier round de pourparlers qui a eu lieu à Moscou il y a approximativement trois mois », a indiqué un porte-parole de Netanyahu.

Les entretiens se sont concentrés sur les inquiétudes de l’Etat juif face aux efforts iraniens d’établir une présence en Syrie et « la tentative de transformer le Liban en base de missiles contre Israël » ainsi que sur la coopération sécuritaire avec Moscou, a dit le porte-parole.

Israël a coordonné ses activités en Syrie – avec notamment, selon des informations, des douzaines de frappes aériennes contre des convois d’armes destinés au groupe terroriste libanais du Hezbollah – avec la Russie, dont l’armée aide à consolider le régime de Bashar el-Assad.

Des membres de la délégation russe ont visité le musée de la Shoah de Yad Vashem jeudi et ils devaient se rendre également dans la cité de David et dans les tunnels du mur Occidental de Jérusalem, a ajouté le porte-parole de Netanyahu.

Source: Times of Israël