Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian va tenter lundi à Téhéran de sauvegarder l’accord sur le nucléaire iranien tout en demandant des gages à l’Iran sur son programme balistique et ses ambitions régionales.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian rencontre son homologue irakien Ibrahim al-Jaafari à Bagdad le 12 février 2018
STRINGER (AFP)

Il s’agit de la première visite en Iran d’un responsable d’un des trois pays européens cosignataires de l’accord (France, Allemagne, Grande-Bretagne) – avec la Russie, la Chine, et les Etats-Unis – depuis l’ultimatum posé en janvier par Donald Trump.

Le président américain a donné jusqu’au 12 mai aux Européens pour remédier aux « terribles lacunes » du texte, qui n’empêchera pas selon lui l’Iran de se doter à terme de l’arme atomique. Faute de garde-fous supplémentaires, les Etats-Unis sortiront de l’accord et réintroduiront des sanctions contre l’Iran.

Pour autant, le ministre français des Affaires étrangères n’entend pas se poser en « émissaire de Donald Trump » à Téhéran, pas plus qu’en « avocat des Iraniens », souligne-t-on dans son entourage. Cette visite était d’ailleurs initialement prévue au tout début janvier, avant d’être reportée en raison de manifestions en Iran.

« Nous voulons préserver l’accord nucléaire parce qu’il fonctionne, qu’il est robuste et que les Iraniens le respectent et voir comment faire au mieux pour le préserver », relève-t-on chez Jean-Yves Le Drian.

Sa remise en cause ouvrirait la porte à la prolifération nucléaire dans une région déjà très volatile et ne ferait qu’encourager la Corée du Nord à aller plus loin dans son programme, craint-on à Paris.

Mais le ministre français mettra aussi sur la table d’autres sujets beaucoup moins consensuels pour Téhéran: l’arsenal balistique iranien et plus généralement l’attitude de l’Iran au Moyen-Orient, que Paris juge de plus en plus « hégémonique ».

2.000 km de portée

M. Le Drian doit rencontrer les différentes sensibilités du régime iranien, des modérés, rompus au dialogue avec l’Occident, aux conservateurs, plus arc-boutés contre l’accord nucléaire et artisans de la projection de puissance iranienne dans la région, en Syrie, en Irak ou au Liban.

Il sera reçu par le président Hassan Rohani, qui a parié sur l’accord nucléaire en 2015 pour ramener l’Iran dans le concert des nations et ouvrir son économie, et par son homologue Mohammad Javad Zarif.

Il devrait aussi voir le président du Parlement, Ali Larijani, issu de l’aile conservatrice, et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, l’amiral Ali Shamkhani, proche du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Paris, à l’unisson de Londres et Berlin, veut convaincre l’Iran de limiter son programme de missiles balistiques afin qu’ils ne puissent emporter un jour des charges nucléaires.

L’ancien président l’ Ayatollah Akbar Hashemi Rafsanjani, le président du Parlement Ali Larijani et le président Hasan Rouhani le 28 mai 2016 au Parlement à Téhéran
ATTA KENARE (AFP)

« Ces ambitions capacitaires sont très préoccupantes et contraires à la résolution 2231 » du Conseil de sécurité qui a entériné l’accord nucléaire en 2015, juge M. Le Drian.

Faute d’engagements clairs, « l’Iran sera toujours et avec raison soupçonné de vouloir développer l’arme nucléaire », met-il en garde.

L’Iran a développé des missiles d’une portée de 2.000 kilomètres capables d’atteindre Israël et toutes les bases américaines dans la région, affirmant qu’ils sont purement défensifs et conventionnels.

« On a aussi une inquiétude particulière sur les transferts de savoir-faire, de capacités balistiques à des acteurs régionaux », du Hezbollah libanais aux rebelles houthis au Yémen, observe-t-on à Paris.

‘Un rôle plus constructif’

Jean-Yves Le Drian risque toutefois de se heurter à un mur. « Nous ne négocierons avec personne sur nos armes », a averti le président Rohani.

« Si la visite de Le Drian vise à renforcer nos relations, il vaut mieux ne pas prendre de positions négatives », a renchéri samedi le conseiller du guide suprême pour les affaires internationales, Ali Akbar Velayati.

Mais les Iraniens attendent aussi beaucoup d’une visite du président français Emmanuel Macron, annoncée pour cette année.

Un accord sur le balistique pourrait compléter celui sur le nucléaire et apaiser ainsi les craintes de Donald Trump, tout comme un éventuel engagement de Téhéran à modérer ses ambitions régionales.

« Le comportement de l’Iran a des conséquences déstabilisatrices » au Moyen-Orient, martèle-t-on à Paris, en appelant ce pays à jouer un rôle « plus constructif » dans les crises régionales.

Téhéran soutient militairement le régime de Damas avec des dizaines de milliers de miliciens pro-iraniens. Il menace aussi Israël par Hezbollah interposé et rivalise avec Ryad dans la course au leadership régional.

Source: i24 News

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