La prochaine résolution de l’Unesco sur Jérusalem sera-t-elle « la plus extrême »?

Le projet ne contient pas de propos incendiaires mais présente « de manière détournée » des aspects problématiques, déclare l’envoyé israélien Carmel Shama Hacohen

Des Juifs français avec des drapeaux israéliens pendant une manifestation contre l’UNESCO devant le siège de l’agence à Paris, le 17 juillet 2017. (Crédit : Serge Attal/Flash90)

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) devrait adopter la semaine prochaine une résolution sur Jérusalem qu’un fonctionnaire israélien a qualifié de « texte le plus extrême et le plus problématique » jamais proposé.

A première vue, le texte court semble inoffensif d’un point de vue israélien, dépourvu de toute revendication ou désignation incendiaire. Et pourtant, Jérusalem s’y oppose parce qu’elle cite des résolutions antérieures de l’ONU sur les affaires du Moyen-Orient, légitimant ainsi des formulations plus problématiques « de manière détournée », a déclaré Carmel Shama Hacohen, ambassadeur d’Israël auprès de l’UNESCO.

La résolution, qui a pour auteurs l’Égypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan, comporte quatre paragraphes. Deux rappellent de précédentes résolutions, l’une appelle à leur mise en œuvre et à des discussions futures, et l’autre réaffirme « l’importance de Jérusalem pour les trois religions monothéistes ».

L’UNESCO a adopté des résolutions « moins élégantes » dans le passé, a reconnu Shama Hacohen, mais a néanmoins condamné le projet de la semaine prochaine comme étant « le texte le plus extrême et le plus problématique que nous n’ayons jamais vu ».

Dans une lettre adressée à ses collègues délégués de l’UNESCO, dont une copie a été obtenue par le Times of Israel, il a fait valoir que la brièveté du texte et l’absence de langage offensant à l’encontre d’Israël étaient trompeuses. Au contraire, a-t-il dit, la résolution est « fondée sur la politisation et la propagande haineuse contre le mandat fondamental de l’UNESCO et contre le peuple juif et l’État d’Israël ».

D’une part, la résolution s’intitule « Palestine occupée », ce qui, selon le représentant israélien, est un « titre purement politique ».

En outre, le projet fait référence à l’inscription en 1981 de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses remparts sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, et à la décision ultérieure d’ajouter le site à la Liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO. Les deux demandes ont été faites par la Jordanie et « étaient et sont des fictions politiques », a écrit Shama Hacohen.

Le projet de résolution cite plus d’une douzaine de résolutions antérieures du Conseil exécutif de l’UNESCO, y compris celles qui n’utilisaient que des termes arabes pour le Mont du Temple ou accusaient Israël de profaner des tombes musulmanes dans la Vieille Ville.

Ironiquement, a noté Shama Hacohen, la résolution actuelle cite des résolutions dont le groupe arabe de l’UNESCO s’est dissocié.

En outre, il cite la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU de décembre 2016, qui stipule que les implantations israéliennes constituent « une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution à deux États et d’une paix juste, durable et globale ».

Elle rappelle également la résolution ES-10/L.22 de l’Assemblée générale des Nations Unies de l’année dernière, qui condamnait la reconnaissance par l’administration américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Il s’agit d’un nouveau sommet dans les tentatives de polluer l’UNESCO par la politisation et la persécution obsessionnelle d’Israël », a écrit Shama Hacohen.

« Ce texte actuel apporte tous les éléments problématiques de manière détournée, en essayant de pousser les délégués permanents qui s’y sont opposés dans le passé à le soutenir indirectement », a-t-il ajouté.

L’ambassadeur israélien à l’UNESCO Carmel Hacohen Shama, à droite, débat avec un diplomate palestinien durant la conférence générale de l’agence à Paris, au mois de novembre 2017 (Autorisation)

Le projet, qui doit être voté le 11 avril lors de la 204e session du Conseil exécutif à Paris, « renforce la dangereuse politisation [de l’UNESCO] et l’amène à son apogée en recyclant, copiant, collant et réaffirmant toutes les résolutions antérieures offensantes », a-t-il dit.

L’ambassadeur d’Israël « soutient fermement » la ligne de la résolution sur l’importance de Jérusalem pour les trois religions monothéistes, mais a rejeté son inscription comme une « parole en l’air ».

Le Conseil exécutif de l’UNESCO est composé de 58 États membres, dont plus d’une douzaine d’États arabes et musulmans.

En octobre dernier, les États-Unis et Israël ont décidé de se retirer de l’UNESCO, en invoquant, entre autres raisons, le parti pris anti-israélien de cet organisme.

« Notre objectif pendant l’année de transition jusqu’au désengagement final de l’UNESCO est d’empêcher l’adoption par consensus de résolutions qui sont inacceptables pour Israël, et c’est ce que nous essayons actuellement de réaliser « , a déclaré Shama Hacohen. « Dans la composition nouvelle et problématique du Comité exécutif, et maintenant que nous et les États-Unis sommes pratiquement à l’extérieur, c’est un peu compliqué, mais faisable.

Source: Times of Israël