Les responsables de la Défense israélienne se préparent à une attaque iranienne au nord

Les médias ont fait savoir que Téhéran voulait riposter aux raids israéliens en Syrie sans causer une guerre totale, visant les bases militaires plutôt que des civils.

Des camions militaires iraniens transportant des missiles sol-air pendant un défilé à l’occasion de la Journée de l’armée du pays, à Téhéran, le 18 avril 2017. (Crédit : Atta Kenare/AFP)

L’Iran prévoirait de riposter aux frappes aériennes meurtrières récentes en Syrie attribuées à l’Etat juif en attaquant, à l’aide de missiles et via ses groupes mandataires, des cibles militaires dans le nord d’Israël dans un avenir proche, ont averti les responsable de la Défense dimanche.

Téhéran avait juré de se venger après l’attaque perpétrée contre la base militaire T-4 en Syrie par des avions israéliens, le 9 avril, qui avait tué au moins sept membres des Gardiens de la Révolution. Cette frappe avait été largement attribuée à Israël même si Jérusalem s’était alors refusé à tout commentaire (T-4 était la base à partir de laquelle l’Iran aurait lancé un drone d’attaque vers le territoire israélien au mois de février). A la fin du mois dernier, une seconde attaque – qui aurait été également menée par Israël – contre une base contrôlée par la République islamique dans le nord de la Syrie aurait fait plus de 24 morts.

Dimanche, tous les journaux d’information télévisés israéliens ont fait savoir que les services militaires et de renseignement avaient identifié des initiatives préliminaires de la part de l’Iran en Syrie pour préparer cette riposte. La République islamique utiliserait ainsi son corps des Gardiens de la Révolution, le groupe terroriste du Hezbollah et des milices chiites locales pour lancer un barrage de missiles de précision, probablement en direction de cibles militaires israéliennes dans le nord.

« Israël a récemment identifié avec certitude des préparations à des tirs vers le nord », a commenté la Dixième chaîne. « Nous ne sommes pas à la veille d’une guerre contre l’Iran… mais l’Iran est très déterminé à attaquer » pour venger la frappe de la base T-4 et la mort de ses personnels militaires, a-t-elle ajouté.

La radio israélienne a annoncé que le plan d’attaque des Iraniens se trouvait à « un stade avancé ».

Les services de la Défense estiment que l’Iran cherchera à conduire ses représailles de manière à éviter de déclencher une guerre totale avec Israël et que la République islamique ne visera probablement pas les civils, selon les différents reportages qui n’ont attribué ces informations à aucune source spécifique.

Aucune instruction particulière n’a été donnée aux résidents du nord d’Israël. Il aurait été demandé aux responsables des conseils locaux de dire aux citoyens de ne prendre aucune précaution spécifique et de continuer leur vie quotidienne sans rien y changer.

L’Etat juif oeuvre à empêcher ou à contrer une telle attaque mais se prépare également à la possibilité que les Iraniens « parviennent à frapper une base dans le nord à l’aide de missiles », a rapporté la Dixième chaîne. L’armée menace de frapper toutes les cibles iraniennes en Syrie si Téhéran devait lancer une attaque sur le territoire israélien, a précisé le reportage.

Cherchant à ce que la Russie fasse pression sur l’Iran, le Premier ministre devrait présenter les informations des préparations de l’Iran en amont d’une potentielle attaque contre Israël au président russe Vladimir Poutine au cours de leur entretien qui aura lieu mercredi à Moscou, ont fait savoir les reportages diffusés à la télévision.

Dans la matinée de dimanche, Netanyahu a déclaré que bien que l’Etat juif ne soit pas intéressé par une escalade militaire avec l’Iran, il préférerait toutefois qu’un éventuel conflit survienne maintenant plutôt que dans le futur.

« Nous sommes déterminés à combattre l’enracinement iranien, même au prix d’une confrontation », a indiqué Netanyahu au début de la réunion hebdomadaire de cabinet de son gouvernement. « Nous ne voulons pas d’escalade, mais nous sommes préparés à tous les scénarios. Nous ne voulons pas la confrontation mais s’il doit y avoir une, il vaudrait mieux qu’elle survienne maintenant plutôt que plus tard. »

Le Premier ministre a également suggéré que l’Iran pourrait lancer une attaque directe sur le territoire israélien.

Une image satellite montre les résultats d’une frappe israélienne présumée sur une base qui serait placée sous le contrôle de l’Iran à proximité de la ville de Hama, la veille, le 30 avril 2018 (Crédit : ImageSat International ISI)

« Ces derniers mois, les gardiens de la révolution iraniens ont transféré en Syrie des armes avancées dans le but de nous attaquer sur le champ de bataille et chez nous, avec notamment des drones militarisés, des missiles sol-sol et des batteries iraniennes de défense anti-aériennes qui menaceraient les avions de chasse israéliens », a-t-il expliqué.

L’avertissement lancé dimanche soir sur les plans d’attaque de l’Iran, qui s’est répercuté dans tous les journaux télévisés, a semblé constituer une tentative de la part d’Israël de montrer à la République islamique que le pays a bien conscience de ce que prépare prépare Téhéran et qu’il est prêt à riposter si la riposte devait avoir lieu.

Hadashot a indiqué que la mise en garde avait pour objectif de dissuader l’Iran, de faire savoir aux Iraniens qu’Israël savait ce qu’il se préparait et que l’Etat juif ne serait pas dupe si les missiles étaient envoyés par des miliciens syriens.

Un élément de base de la stratégie de défense iranienne est l’utilisation de mandataires pour exécuter ses ordres dans tout le Moyen-Orient – les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Syrie et en Irak, ainsi que le Jihad islamique palestinien et le Hamas dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Cette démarche est considérée comme un effort visant à réduire le nombre de victimes iraniennes et de conserver les combats hors des frontières de la République islamique.

Le mois dernier, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a déclaré qu’Israël était prêt à frapper le territoire iranien. « S’ils attaquent Tel Aviv, nous attaquerons Téhéran », a-t-il dit.

Les responsables de la Défense, interrogés dimanche sous couvert d’anonymat, n’ont pas spécifié quand l’attaque pourrait avoir lieu. La Dixième chaîne a expliqué que cela faisait des semaines que les préparations iraniennes étaient en cours mais qu’elles avaient été perturbées, ces derniers jours, en raison de plusieurs frappes menées contre des cibles en Syrie, notamment sur des stocks de missiles dans le secteur de Hama, qui ont été attribuées à l’Etat juif. « Mais les Iraniens n’ont pas renoncé », a-t-elle ajouté.

Elle a indiqué que les missiles avaient été amenées du Liban vers la Syrie pour servir dans l’attaque planifiée contre Israël. « L’idée est d’utiliser des missiles iraniens lourds, notamment le Fateh-110 » — sous le commandement et avec les conseils du Hezbollah – mais « hors de la présence des Gardiens de la Révolution », a noté la Dixième chaîne.

La République islamique a été lourdement touchée ces derniers temps avec notamment la saisie, sous son nez, par Israël de ses archives consacrées au développement des armes nucléaires à Téhéran, a noté la Dixième chaîne, et l’Iran est prêt à riposter sans pour autant désirer que la confrontation ne dégénère en une guerre totale.

Le mois dernier, un membre de la coalition soutenant l’allié de l’Iran, le dictateur syrien Bashar al-Assad, a déclaré au New York Times que les représailles n’auraient probablement pas lieu avant les élections parlementaires libanaises, qui ont commencé dimanche.

Attisant davantage les tensions, le président américain Donald Trump devrait déterminer le sort réservé à l’accord sur le nucléaire iranien qu’il a menacé de quitter de manière répétée. Dimanche, le président français Emmanuel Macron a averti que si les Etats-Unis devaient abandonner l’accord, ce retrait pourrait entraîner une guerre.

En début de soirée, dimanche, le cabinet de sécurité israélien s’est réuni pendant trois heures et demi pour évoquer les développements récents dans la région et notamment les tensions avec l’Iran en Syrie et la prochaine décision de Trump sur l’accord sur le nucléaire. Selon la Dixième chaîne, cette rencontre n’a pas été une session de routine, mais la censure militaire a refusé  les raisons justifiant ce caractère exceptionnel.

L’avertissement de dimanche n’est pas la première indication donnée par des responsables de la Défense d’une attaque de représailles potentiellement imminente de la part de l’Iran. Peu avant la Journée de l’indépendance, les militaires s’étaient préparés à la possibilité d’une attaque directe des forces aériennes par les gardiens de la révolution.

Le Times of Israel avait appris à ce moment-là que les responsables israéliens de la Défense pensaient que les représailles de la République islamique se feraient à l’aide de missiles sol-sol ou de drones armés. D’autres avaient présumé qu’il pourrait s’agir d’une cyberattaque.

Dans un effort apparent de dissuasion, l’armée israélienne a donné le mois dernier aux médias, au sein de l’Etat juif, une carte montrant cinq bases contrôlées par l’Iran en Syrie qui pourraient constituer des cibles potentielles en cas de riposte israélienne si l’Iran devait fomenter une attaque quelle qu’elle soit. Des photos par satellite des bases ont également été transmises.

Il s’agit de l’aéroport international de Damas, par le biais duquel les avions de transport iraniens amènent des armes et des équipements militaires ; de la base aérienne de Sayqal ; de la base aérienne T-4, d’un terrain d’aviation à côté d’Alep ; et d’une base à Deir Ezzor, re-capturée au groupe terroriste de l’Etat islamique par le régime l’année dernière.

Une carte de la Syrie, fournie aux médias israéliens, le 17 avril 2018, montre les emplacements approximatifs de cinq bases qu’Israël pense être contrôlées par l’Iran. Ce sont l’aéroport international de Damas; la base aérienne de Sayqal; la base aérienne T-4; un aérodrome près d’Alep; et une base à Deir Ezzor. Leurs emplacements exacts sur la carte ne sont pas entièrement précis. La base de Sayqal, par exemple, est située à l’est de Damas, pas au sud de celle-ci comme elle apparaît sur la carte

Les services de renseignement israéliens pensent que ces sites sont utilisés par l’Iran pour ses missions en Syrie ainsi que pour le transport d’armement en direction de ses mandataires dans la région, parmi lesquels le Hezbollah.

L’Iran a accès à une variété de missiles sol-sol, depuis des roquettes Fajr-5 à courte portée en passant par les missiles Fateh 110, à moyenne portée, qui peuvent parcourir approximativement 300 kilomètres, jusqu’aux missiles balistiques Shehab qui peuvent atteindre des cibles à plus de 1 300 kilomètres.Soleimani a mis en garde Israël de manière répétée et menacé « d’anéantir l’entité sioniste » au mois de février en raison de l’assassinat d’un chef du Hezbollah qui a été attribué au Mossad et à la CIA américaine.Selon l’Etat juif, l’initiative de riposte serait placée sous la direction du major-général Qassem Soleimani, chef des forces Quds au sein des gardiens de la révolution qui opèrent dans le monde entier avec l’assistance du responsable des forces aériennes des gardiens de la révolution, le général de brigade Amir Ali Hajizadeh ; du responsable de son programme de missiles sol-sol, le colonel Mahmoud Bakri Katrem Abadi et d’Ali Akhbar Tzeidoun, à la tête des opérations de défense antiaérienne.

Pour contrer ces menaces, l’Etat juif a un système de défense anti-missile multi-différencié qui est constitué du Dôme de fer pour les roquettes à courte portée et les obus de mortier, de la Fronde de David pour les missiles moyenne-portée et du système Arrow pour les missiles balistiques longue portée.

Israël considère l’Iran qui a promis de détruire l’Etat juif comme son principal ennemi dans la région. Les Israéliens ont déclaré de manière répétée que l’Etat juif ne permettrait pas l’enracinement de la république islamique dans la Syrie, une « ligne rouge » qu’il combattrait militairement si cela devait s’avérer nécessaire.

Source: Times of Israël

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