Ambassade : l’Amérique latine doit se décider entre Tel-Aviv et Jérusalem

Les pays latino-américains doivent se prononcer sur leur volonté ou non d’imiter les États-Unis et de transférer, eux aussi, leurs ambassades en Israël.

Les États-Unis pourraient avoir déclenché un mouvement de déménagement des ambassades après leur décision de transférer la leur en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Car, aujourd’hui, ce sont les pays d’Amérique latine qui se retrouvent au cœur d’une situation impossible d’un point de vue diplomatique, déchirés entre deux camps. En décembre dernier, Donald Trump a annoncé que la capitale d’Israël était Jérusalem, indiquant dans la foulée que les États-Unis d’Amérique allaient donc transférer leur représentation officielle en terre d’Israël vers la Ville sainte, et ce, au grand dam de la communauté internationale et des Palestiniens. Pour l’heure, deux pays latino-américains l’ont imité.

Mercredi, deux jours après l’inauguration de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem qui coïncidera avec le 70e anniversaire de la création de l’État d’Israël, le Guatemala installera la sienne dans la ville sainte en présence du président guatémaltèque Jimmy Morales. Le Paraguay a annoncé qu’il ferait de même avant la fin du mois. « C’est une action servile d’un président (Morales) qui a définitivement les mains liées face à la politique extérieure des États-Unis », lâche Marcio Palacios, directeur de l’école de sciences politiques de l’université de San Carlos, au Guatemala. La religion du chef de l’État guatémaltèque, évangéliste, pèse également, selon Marcio Palacios, qui « regrette que le président Morales ne fasse pas la distinction entre ce qu’il représente et ce en quoi il croit ».

Campagne sur le terrain

Suivant un de leurs dogmes, les évangélistes veulent voir les juifs reconstruire leur temple à Jérusalem, ce qui serait censé faciliter le retour du Christ. Enfin, la décision du président Morales peut aussi être considérée comme un geste pour obtenir le soutien de Washington alors que la justice guatémaltèque et une mission de l’ONU contre l’impunité l’accusent de financement illégal de sa campagne. Le Guatemala et le Paraguay « suivent l’agenda des États-Unis. Plus ces pays sont faibles, plus ils sont sous pression », résume Patricio Navia, conseiller académique du Centre pour l’ouverture et le développement de l’Amérique latine (Cadal).

Israéliens et Palestiniens mènent ces derniers temps une intense campagne dans la région sur différents dossiers, allant de la négociation d’accords commerciaux à la mise en garde contre la « menace » iranienne, en passant par l’emplacement des ambassades en Israël. Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas vient de réaliser une tournée au Venezuela, au Chili et à Cuba. « Nous espérons que certains pays du continent américain ne transféreront pas leur ambassade à Jérusalem, car cela est contraire au droit international », a-t-il lancé lundi dernier à Caracas au côté de son homologue vénézuélien Nicolás Maduro. En septembre 2017, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a de son côté effectué la toute première visite d’un chef de gouvernement israélien en Amérique latine, au côté d’une trentaine de chefs d’entreprise.

Le statut de Jérusalem à renégocier

« Profitant du virage à droite dans la région, Israël y mène une politique active », souligne Gaspard Estrada, le directeur de l’Opalc, l’observatoire sur l’Amérique latine de l’Institut d’études politiques de Paris. « Je ne serais pas surpris que d’autres pays d’Amérique centrale suivent, mais ça me semble plus difficile que les pays les plus grands et puissants de la région le fassent », ajoute Patricio Navia, qui enseigne aussi à la New York University. Le Honduras, qui s’était aligné avec les États-Unis et Israël le 21 décembre lors du vote à l’ONU de la résolution condamnant la décision américaine, ne s’est pas encore prononcé sur l’emplacement de son ambassade, même si le Parlement a adopté une résolution pour qu’elle soit transférée à Tel-Aviv.

Fin 2017, la majorité de pays latino-américains avait condamné la décision américaine et réaffirmé le maintien de leur représentation à Tel-Aviv. À cette occasion, ils avaient aussi exprimé leur attachement aux résolutions de l’ONU en redisant que le statut final de Jérusalem devait être négocié entre Israéliens et Palestiniens. Au-delà des positions les plus radicales d’Amérique latine alimentées par un fort sentiment anti-américain, c’est « une région où le multilatéralisme a toujours eu un écho important », rappelle Gaspard Estrada. Pour Gabriel Orellana, ancien chef de la diplomatie guatémaltèque (2000-2002), la décision du président Jimmy Morales place le pays centre-américain « en marge des Nations unies ».

« Le Guatemala sacrifie sa place dans un univers multilatéral pour une relation bilatérale (…) qui n’apporte pas de grands avantages au pays et le met en porte à faux vis-à-vis d’autres pays du monde arabe », prévient-il, avant d’évoquer, comme Marcio Palacios, le risque d’attentats sur le sol guatémaltèque.

Source: Le Point