Plus de 100 000 Palestiniens devraient participer aux manifestations de la « marche du retour », lundi, jour du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem

Des Palestiniens brandissent leurs drapeaux sous une forte fumée de pneus brûlés par les Gazaouis à la frontière entre Israël et Gaza lors d’une manifestation, à l’est de la ville de Gaza, le 6 avril 2018 (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

Des heurts ont éclaté lundi matin entre Palestiniens et soldats israéliens dans la bande de Gaza le long de la frontière avec Israël, faisant 12 blessés selon les autorités gazaouies, quelques heures avant l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Des milliers de Palestiniens se sont rassemblés en différents points aux environs de la frontière, et de petits groupes ont tenté de s’approcher de la barrière de sécurité lourdement gardée par l’armée israélienne, ont constaté les journalistes de l’AFP.

Les militaires israéliens se préparent à des manifestations féroces dans le cadre de la « marche du retour » à la clôture frontalière avec Gaza dans la journée de lundi, avec la participation potentielle de plus de 100 000 Palestiniens.

L’armée a fortement mis en garde contre le fait que des centaines d’entre eux pourraient ouvrir des brèches dans la frontière et de « massacrer » des civils israéliens.

Les manifestations sont dorénavant prévues pour lundi – coïncidant avec le transfert de l’ambassade américaine depuis Tel Aviv à Jérusalem – et non mardi, à l’occasion de la journée de la Nakba, comme c’était initialement attendu.

L’armée israélienne s’attend à ce que plus de 100 000 Palestiniens prennent part au mouvement de protestation massif, et même 200 000 personnes potentiellement – un élément qui serait le signe d’une victoire majeure pour le groupe terroriste palestinien du Hamas.

La crainte principale de l’armée durant les émeutes attendues est que des douzaines ou des centaines de Palestiniens, et notamment des membres du Hamas, ne parviennent à franchir la clôture de sécurité de Gaza et ne fassent des ravages dans l’une des communautés israéliennes situées de l’autre côté, attaquant les résidents, allumant des feux et détruisant des constructions.

L’“Unité des coupeurs de clôture” de Gaza menace sur la chaîne Al-Aqsa TV dirigée par le Hamas de franchir la frontière de Gaza avec Israël et de réoccuper l’État juif « par la force » dans des images traduites par l’observatoire de surveillance de Memri TV. (Capture d’écran)

Les militaires pensent que le Hamas concentrera son énergie sur ce style d’attaque massive et chaotique mais ils se préparent également à un combat armé plus direct, dont des agressions ou des enlèvements de soldats le long de la frontière, comme cela a pu arriver dans les années passées sur la frontière de Gaza.

Dimanche soir, l’unité du porte-parole de l’armée israélienne a diffusé une vidéo spectaculaire disant que le Hamas chercherait à détruire des habitations, à mettre le feu aux terrains agricoles et à massacrer « des femmes, des hommes et des enfants innocents ».

Capture d’écran de la vidéo de l’armée israélienne diffusée le 13 mai 2018 (Crédit : Armée israélienne)

« Le lundi 14 mai, l’organisation terroriste du Hamas programme d’envoyer des terroristes armés parmi 250 000 émeutiers violents pour se regrouper et ouvrir une brèche dans la frontière israélienne avec Gaza, avec pour objectif d’entrer dans les communautés israéliennes », a averti la vidéo.

« Le Hamas prévoit de faire un massacre en Israël. L’armée israélienne ne les laissera pas faire ».

Capture d’écran de la vidéo de l’armée israélienne diffusée le 13 mai 2018 (Crédit : Armée israélienne)

La séquence montre une fillette en train de jouer avec une maison de poupées, qui laisse la place aux images des suites d’un attentat terroriste survenu en 2016 en Cisjordanie, au cours duquel une enfant israélienne de 12 ans avait été assassinée au couteau dans sa chambre.

La Dixième chaîne israélienne a montré des clips de ce qu’elle a dit être de nouvelles vidéos diffusées par le Hamas dans lesquelles les jeunes Gazaouis sont appelés à se battre contre Israël : « Les plus jeunes de la révolte palestinienne… Jérusalem attend votre révolution. Alors montrez votre ferme détermination dans la bataille », recommande ainsi l’un des courts films.

Le leader du Hamas Ismail Haniyeh s’est rendu dimanche au Caire, en amont du mouvement de protestation, pour y rencontrer des agents des renseignements égyptiens, qui lui ont certainement demandé d’empêcher que les manifestations ne deviennent incontrôlables.

L’armée israélienne a toutefois fait le choix de ne pas se fier à la force de persuasion de l’Egypte et elle a déployé deux brigades supplémentaires qui ont pris position le long de la frontière avec Gaza en amont des émeutes attendues. Une troisième brigade a également été envoyée en Cisjordanie, ont fait savoir les militaires.

« La préparation de l’armée israélienne comprend le déploiement supplémentaire d’un certain nombre de bataillons de combat sur la frontière avec Gaza, des forces spéciales, des unités de collecte de renseignements et des tireurs isolés. De plus, le Commandement central recevra également des bataillons de combat et des équipes des renseignements en renfort », a fait savoir l’armée dimanche.

Les soldats israéliens du côté israélien de la frontière avec Gaza, alors que des milliers de Palestiniens manifestent le long de la clôture frontalière, le 6 avril 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les militaires ont également arrêté tous les exercices pour les soldats conscrits afin de se concentrer sur « la gestion des émeutes violentes », a fait savoir l’armée.

Des soldats supplémentaires ont été déployés pour offrir une sécurité additionnelle aux communautés israéliennes situées aux abords de la frontière avec Gaza.

Les renseignements militaires ne pensent pas que le Hamas soit actuellement intéressé par la perspective d’une guerre mais ils s’attendent à des violences significatives à la frontière avec l’enclave côtière au cours des prochains jours.

Selon des évaluations militaires israéliennes, le Hamas est dans une situation désastreuse, devant affronter la pression la plus significative depuis sa prise de contrôle de Gaza, il y a une décennie. L’organisation considère les émeutes de la « marche du retour » comme un moyen de gagner du temps.

Les émeutes n’ont pas, jusqu’à présent, dégénéré en une véritable guerre, qui résulterait probablement dans une attaque par l’armée israélienne du Hamas – mais elles ont servi à détourner la colère et la frustration des Gazaouis face au groupe terroriste. Les résidents de l’enclave côtière subissent l’un des plus forts taux de chômage au monde et manquent d’un accès régulier à l’électricité et à l’eau potable.

« Ils mettent la pression sur le peuple et ‘exportent’ cette pression contre Israël, l’Autorité palestinienne et la communauté internationale », a déclaré un haut-responsable de l’unité de liaison militaire israélienne avec les Palestiniens aux journalistes sous couvert d’anonymat, dimanche.

Une photo de Paris avec une légende disant : ‘Gaza 2025 ? Le choix vous revient », qui a été jetée par Israël sur la bande de Gaza pour convaincre les Palestiniens de ne pas participer aux manifestations prévues le long de la clôture de sécurité, le 13 mai 2018 (Crédit : Armée israélienne)

Avant les manifestations, les militaires israéliens appelleront les Palestiniens à ne pas prendre part au mouvement de protestation à travers des posts en arabe publiés sur les réseaux sociaux ou par des prospectus jetés de l’autre côté de la frontière, notamment un qui montre une photo des Champs-Elysées à Paris avec la légende  » Gaza 2025 ? Le choix vous revient ».

Dimanche, l’armée a diffusé une vidéo montrant le Hamas retirer ses positions le long de la frontière ce qui, selon elle, est une façon de signaler que les émeutiers ne seront plus retenus par le groupe terroriste au pouvoir.

Au moins une des communautés les plus proches de la frontière, le kibboutz Nahal Oz, qui se trouve à moins d’un kilomètre de Gaza, envisage de faire évacuer les habitants avant les émeutes par précaution, selon sa porte-parole Yael Raz-Lahiani.

Une photo prise le 6 avril 2018 du kibboutz israélien de Nahal Oz de l’autre côté de la frontière avec la bande de Gaza montre des hommes palestiniens qui protestent en brûlant des pneus (Crédit : AFP PHOTO / Jack GUEZ)

Toutefois, dimanche soir, les habitants de la périphérie de Gaza n’avaient reçu aucune instruction particulière de la part des autorités israéliennes. Il ont été encouragés à obéir à n’importe quel ordre venant des militaires.

Au cours des sept derniers vendredi, il y a eu entre 5 000 et 40 000 Gazaouis qui ont participé à la « marche du retour » qui a commencé le 30 mars avec la Journée de la terre, qui marque l’expropriation des terres arabes par le gouvernement israélien en 1976 et les protestations qui avaient suivi et qui avaient fait six morts. Le mouvement de protestation s’achèvera le 15 mai avec la journée de la Nakba, qui commémore le déplacement des Palestiniens de leurs habitations dans le contexte de la création d’Israël.

Durant ces manifestations violentes, les Palestiniens ont jeté des pierres et des cocktails Molotov aux soldats, ont fait rouler des pneus enflammés vers la clôture de sécurité ou ont tenté de l’abattre avec des chaînes. Et, de plus en plus, les manifestants ont fait usage de cerfs-volants transportant des combustibles pour allumer des incendies en Israël.

Un manifestant palestinien jette des pierres vers les soldats israéliens durant une manifestation le long de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza City, le 31 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

La « marche du retour » tient son nom du « droit au retour » réclamé par des millions de Palestiniens de revenir dans leurs villages ancestraux, une demande que n’accepterait aucun gouvernement israélien dans la mesure où sa réalisation signifierait la fin d’Israël en tant qu’Etat juif.

Selon le ministère de la Santé du Hamas, environ 50 Palestiniens ont été tués depuis que le mouvement de protestation et les affrontements ont commencé le long de la frontière avec Gaza le 30 mars et des centaines d’autres ont été blessés par des tirs.

Le Hamas a indiqué que cinq de ses terroristes figuraient parmi les victimes décédées lors de la première manifestation du vendredi, mais s’est depuis abstenu de reconnaître si des morts étaient effectivement des membres de son organisation. Israël a pu identifier d’autres individus tués durant les affrontements comme appartenant à des mouvements terroristes et a précisé n’ouvrir le feu qu’en cas de nécessité pour mettre un terme aux infiltrations, aux dégâts créés à la clôture et aux attaques.

Initialement, l’armée avait estimé que ces mouvements de protestation toucheraient à leur apogée le jour de la Nakba, le 15 mai, mais des évaluations transmises par les renseignements militaires indiquent dorénavant que le Hamas va s’efforcer de ‘surfer’ sur la vague du spectacle de l’inauguration de l’ambassade américaine, lundi, afin d’attirer l’attention de la communauté internationale.

Yahya Sinwar, leader du Hamas dans la bande de Gaza, durant une manifestation à l’est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 avril 2018 (Crédit : AFP/Said Khatib)

L’officier de l’unité du Coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires a expliqué dimanche que le Hamas avait récemment entrepris des initiatives pour augmenter le stress des résidents de Gaza, notamment en interdisant récemment aux pêcheurs de l’enclave côtière de travailler à partir de lundi.

Mais, de manière plus spectaculaire, au cours des dernières manifestations frontalières du vendredi, l’officier du COGAT a ajouté que le Hamas avait ordonné aux émeutiers de détruire et de mettre le feu à des structures essentielles du carrefour de Kerem Shalom, le principal – et souvent le seul – point de transit pour les biens commerciaux et l’aide humanitaire qui entrent et sortent de Gaza. Des canalisations de gaz ont été saccagées et les dégâts s’élèvent à des dizaines de millions de shekels.

« Et maintenant, moi et mes commandants nous cassons la tête pour tenter de trouver comment faire entrer des médicaments à Gaza », a dit l’officier.

Une entreprise toutefois réussie – six camions remplis de fournitures médicales ont pu pénétrer dimanche dans l’enclave côtière.

Des employés chargent des fournitures médicales sur un camion destiné à la bande de Gaza au carrefour de Kerem Shalom le 13 mai 2018 (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Dimanche également, Israël a indiqué maintenir le point de passage frontalier fermé jusqu’à évaluation des dégâts. L’Etat juif devra ensuite déterminer le meilleur moyen et le plus sûr de le rouvrir.

« Israël n’a pas pris cette décision pour punir qui que ce soit, c’est simplement impossible de faire autrement », a commenté le responsable du COGAT.

Il a ajouté qu’Israël pensait que le Hamas avait ordonné la destruction du site, les soldats ayant vu des émeutiers courir entre les positions du Hamas et le carrefour de Kerem Shalom, obtenant apparemment des ordres sur les structures à attaquer.

« Nous avons pu voir des gens portant des vêtements civils mais tenant des talkies-walkies et qui donnaient des ordres – quoi faire, où aller », a-t-il expliqué.

Lors de la semaine précédente, qui avait vu également des émeutiers endommager le point de passage, les manifestants n’avaient pas présenté la même coordination et l’attaque avait semblé spontanée, a indiqué le responsable.

Les Palestiniens, vendredi, ont incendié les seules canalisations de carburant et de diesel entrant dans l’enclave côtière, un tapis roulant pour les matériaux de construction et d’autres utilisés pour faire passer quotidiennement 2 000 tonnes de fourrage.

Dimanche, l’odeur de diesel était encore forte dans l’air aux abords du point de passage.

Il faudra des semaines pour réparer les canalisations de carburant, selon des estimations faites par des ingénieurs israéliens et palestiniens. Il n’y a pas d’autres alternatives à ces dernières. Pour le moment, le carburant ne peut entrer à Gaza que depuis le carrefour de Rafah avec l’Egypte – généralement fermé – et qui a été rouvert suite aux saccages de vendredi.

Des canalisations de gaz en feu au passage de marchandises de Kerem Shalom entre Israël et la bande de Gaza, 11 mai 2018 (Crédit : armée israélienne)

Il pourrait falloir plus de temps pour réparer les tapis roulants mais il y a des solutions de rechange potentielles dans l’intervalle, a dit le responsable du COGAT.

Environ 15 000 Palestiniens ont participé au mouvement de protestation le long de la frontière de la bande de Gaza, vendredi.

Les manifestants ont affronté les soldats israéliens sur cinq points majeurs de la frontière. Les militaires ont été pris pour cible à l’aide de bombes artisanales, de grenades, de pierres et de pneus en feu et les émeutiers ont également tenté de saboter les « infrastructures sécuritaires », a fait savoir l’armée.

Plusieurs cerfs-volants en feu ont été lancés de l’autre côté de la frontière par les émeutiers, allumant des incendies sur le territoire israélien.

L’armée a indiqué avoir utilisé des balles réelles lors de plusieurs incidents impliquant des violences.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, un homme de 40 ans a été tué après avoir été touché à la poitrine à l’est de Khan Younis, dans le sud de la bande. Le ministère a fait savoir que 146 personnes avaient été blessées par des tirs à balles réelles – au moins huit grièvement, et plusieurs autres douzaines modérément et légèrement.

Source: Times of Israël

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