Syrie: Lafarge mis en examen notamment pour « complicité de crimes contre l’humanité »

L’entreprise Lafarge SA a été mise en examen jeudi en tant que personne morale pour financement d’une entreprise terroriste et complicité de crimes contre l’humanité dans le dossier de sa cimenterie syrienne, a-t-on appris de source judiciaire. LafargeHolcim a fait savoir qu’il fera appel devant la justice.

Après deux ans d’une enquête hors norme, les magistrats envisagent de lourdes mises en examen du cimentier lui-même pour « complicité de crimes contre l’humanité », « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger délibérée de la vie » de salariés, selon plusieurs sources proches du dossier
AFP – DELIL SOULEIMAN

L’entreprise Lafarge SA a été mise en examen jeudi en tant que personne morale pour financement d’une entreprise terroriste et complicité de crimes contre l’humanité dans le dossier de sa cimenterie syrienne, a-t-on appris de source judiciaire. Les juges d’instruction ont également retenu contre la holding les chefs de violation d’un embargo et de mise en danger de la vie d’autrui. Cette mise en examen est conforme aux réquisitions du parquet, précise-t-on de même source.

Lafarge est soumis à un contrôle judiciaire comprenant une caution de 30 millions d’euros La justice enquête sur les conditions dans lesquelles le cimentier français, absorbé depuis par le suisse Holcim, a maintenu en activité son usine de Jalabiya en 2013-2014 dans une région du nord de la Syrie sous contrôle du groupe Etat islamique (EI).

En juin 2017, le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire pour financement d’entreprise terroriste et mise en danger de la vie d’autrui. Huit anciens dirigeants et cadres de Lafarge, dont son ex-PDG Bruno Lafont, ont déjà été mis en examen. L’ONG Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR), à l’origine de l’information judiciaire, demandaient que le cimentier français soit aussi mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité en Syrie.

LafargeHolcim fera appel

LafargeHolcim a fait savoir jeudi qu’il fera appel devant la justice, après l’annonce de la mise en examen de sa filiale française Lafarge SA en France pour financement présumé d’une entreprise terroriste en Syrie.

« La mise en examen de Lafarge SA était attendue suite à la mise en examen de plusieurs de ses anciens dirigeants », explique le cimentier dans un communiqué.

« L’entreprise fera appel des infractions reprochées qui ne reflètent pas équitablement les responsabilités de Lafarge SA », ajoute-t-il.

« Nous regrettons profondément ce qui s’est passé dans notre filiale syrienne et, dès que nous en avons été informés, nous avons immédiatement pris des mesures fermes. Aucune des personnes mises en examen n’est aujourd’hui dans l’entreprise », déclare Beat Hess, le président du conseil d’administration de LafargeHolcim dans le même communiqué.

Représentée par le président du conseil d’administration de LafargeHolcim

L’entreprise était entendue jeudi matin en tant que personne morale par les juges chargés de l’affaire de financement présumé du terrorisme en Syrie, dans laquelle huit de ses anciens cadres sont déjà poursuivis, a-t-on appris de source proche du dossier. La holding est représentée par le président du conseil d’administration de LafargeHolcim, Beat Hess, et non par la nouvelle présidente de Lafarge SA, Magali Anderson, précise-t-on de même source. La justice enquête sur les conditions dans lesquelles le cimentier français a maintenu en activité son usine de Jalabiya en 2013-2014 dans une région du nord de la Syrie sous contrôle du groupe Etat islamique (EI).

Elle s’intéresse notamment aux versements effectués par Lafarge, par le biais d’intermédiaires, à des organisations armées, notamment à l’EI, pour permettre le fonctionnement de l’usine, la circulation des salariés et des marchandises. Elle s’intéresse également à l’achat éventuel de matières premières à des intermédiaires proches de ces groupes.

Une première convocation, le 5 juin, avait été reportée en raison de la démission du président de la holding, Saad Sebbar, apparemment soucieux de ne pas voir son nom mêlé à ce qui est désormais « l’affaire Lafarge ».

Huit anciens dirigeants et cadres déjà mis en examen

Un nouveau conseil d’administration et Magali Anderson ont été désignés vendredi dernier lors d’une assemblée générale, ouvrant la voie à cette nouvelle étape de la procédure lancée en juin 2017 par le parquet de Paris pour financement d’entreprise terroriste et mise en danger de la vie d’autrui.

L’ONG Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR), à l’origine de cette information judiciaire, demandent que le cimentier français, absorbé en 2015 par le suisse Holcim, soit aussi mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité en Syrie.

Huit anciens dirigeants et cadres de Lafarge, dont son ex-PDG Bruno Lafont, ont déjà été mis en examen.

Source: Challenges