Washington a annoncé que l’ensemble des sanctions contre l’Iran, levées en 2015, seraient de nouveau en vigueur le 5 novembre, avec le rétablissement des mesures visant l’industrie pétrolière et les banques.

Un pétrolier iranien en rade de l’île de Khark, en Iran, en 2017 (Image d’illustration).

Les exportations de pétrole iranien et les transactions financières avec l’Iran seront, à partir du 5 novembre prochain, dans le collimateur des États-Unis, qui auront ainsi rétabli toutes leurs sanctions levées dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, dont ils se sont retirés en mai dernier.

La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE) ont dit regretter «vivement» la restauration des sanctions contre l’Iran par les États-Unis, selon un communiqué conjoint publié ce 2 novembre. «Nous avons pour objectif de protéger les acteurs économiques européens qui sont engagés dans des échanges commerciaux légitimes avec l’Iran», ajoute le communiqué.

Les mesures punitives américaines visent toute personne ou entreprise étrangère qui ferait affaire avec la République islamique dans un grand nombre de secteurs. Si bien que ces entreprises sont sommées de choisir entre leurs investissements iraniens et leur accès au marché américain. Un choix vite fait, la plupart des sociétés européennes ayant d’ores et déjà décidé de se désengager d’Iran.

Les sanctions déjà rétablies

Le 7 août, un premier train de sanctions levées après l’accord de 2015 sont de nouveau entrées en vigueur, visant:

– L’achat de dollars par le gouvernement iranien, et l’achat ou la vente pour des montants «importants» de rials, la monnaie iranienne;

– L’achat de bons du Trésor iranien;

– Les échanges d’or, de métaux précieux, d’aluminium ou d’acier, de charbon ou de graphite;

– Le secteur automobile et l’aviation commerciale;

– L’importation aux États-Unis de tapis ou de denrées alimentaires iraniens.

Les sanctions qui entrent en vigueur le 5 novembre

Il s’agit des mesures les plus draconiennes, instaurées sous l’administration démocrate de Barack Obama pour forcer Téhéran à négocier un accord censé l’empêcher de se doter de la bombe atomique, et levées après la signature de ce texte en 2015.

Le pétrole et le secteur énergétique

L’administration de Donald Trump veut faire en sorte que les exportations de pétrole iranien soient «aussi proches que possible de zéro» – un objectif qu’elle dit pouvoir atteindre dès 2019. Selon ses estimations, elles ont déjà chuté de plus d’un million de barils par jour (mbj) depuis mai 2018, quand elles s’établissaient à 2,5 mbj.

Les condensats, un type de pétrole léger qui échappait par le passé aux sanctions, seront cette fois comptabilisés. «C’est une grande victoire», estime Behnam Ben Taleblu de l’organisation basée à Washington Foundation for Defense of Democracies, qui milite pour une application stricte des sanctions.

Les transactions financières

Dès le 5 novembre, les établissements financiers étrangers qui engageront des échanges avec la Banque centrale iranienne et toute une série d’autres banques de Téhéran s’exposeront à des sanctions et ne pourront plus avoir accès au système financier américain.

L’administration Trump veut notamment que le circuit bancaire international Swift, maillon essentiel du système financier par lequel passent les virements dans le monde, déconnecte les banques iraniennes frappées par les sanctions. Mais on ignore si elle ira jusqu’à menacer les dirigeants de cette société de droit belge de sanctions individuelles.

La construction navale et les transports maritimes sont aussi ciblés par les sanctions.

Dérogations temporaires pour certains clients de l’Iran

Mais la plupart des observateurs estiment que Téhéran continuera à exporter une partie plus ou moins importante de son brut. Washington va en effet accorder des dérogations à huit pays pendant six mois pour qu’ils puissent continuer à acheter du pétrole iranien tout en s’engageant à réduire ces importations. Deux de ces pays ont promis de cesser tout achat d’ici à quelques semaines, d’après le gouvernement américain.

La Turquie a dit faire partie de la liste des huit pays, qui ne sera dévoilée que le 5 novembre. Parmi les autres figurent probablement la Corée du Sud, le Japon, l’Inde et peut-être la Chine. Les revenus des ventes de pétrole autorisées iront sur des comptes bloqués et sont censés être utilisés uniquement pour l’achat de biens humanitaires par l’Iran.

Téhéran pourrait trouver d’autres moyens d’écouler son brut en contournant les sanctions : par exemple en le mélangeant avec du pétrole irakien ou en passant par un système de troc imaginé par les Européens qui, en désaccord avec les Américains, tentent de tout faire pour que l’Iran reste dans l’accord sur le nucléaire et continue donc de retirer des avantages économiques du respect de ce document.

Alors qu’une montée en flèche des prix du pétrole menacerait l’économie mondiale en général et américaine en particulier, les Etats-Unis ont assuré que leur stratégie avait permis jusqu’ici de les maintenir stables, grâce à l’Arabie saoudite qui, selon eux, aurait compensé la baisse de la production iranienne.

Source: RT France

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