Gilets jaunes : la majorité dans l’angoisse d’un samedi noir

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Malgré les annonces du gouvernement, les députés LREM craignent une nouvelle escalade de violences lors de la prochaine manifestation et décrivent une situation hors de contrôle.

Sur les Champs-Elysées, samedi 1er décembre. Photo Yann Castanier. Hans Lucas pour Libération

Ils l’avouent sans détours : «On flippe tous pour la journée de samedi.»Appréhendant un engrenage de violences, les députés de la majorité sont «en alerte active» et relaient les «appels au calme» lancés par le tandem de l’exécutif. «On s’apprête à lancer des vidéos sur les réseaux sociaux pour dire non à la violence», prévient un marcheur, redoutant, comme tous ses collègues que ce quatrième samedi de mobilisation se solde par des victimes. «On sait que ce sera une journée très difficile pour les forces de l’ordre. C’est pour cela qu’on invite les gens à ne pas se mêler aux manifestants, car ceux-ci viennent pour casser», prévient Marie Guévenoux, députée LREM de l’Essonne.

Le vent a tourné au sein de la majorité. Si elle a pris un bol d’air mardi espérant que les mesures «de détente» présentées par Edouard Philippe permettraient un début d’apaisement, ces annonces très attendues n’ont pas dissipé les inquiétudes. Et la confusion, semée mercredi, sur la suspension puis finalement l’annulation de la hausse de taxes sur les prix du carburant, n’a pas aidé. Les députés se raccrochent à cette volte-face et à la concertation qui doit débuter mi-décembre pour ouvrir le dialogue. Tout en sentant que ces gestes d’ouverture ne suffiront pas à empêcher un «acte IV» de débordements samedi, dans la capitale en particulier mais aussi dans les villes chef-lieu de départements. «La question n’est même plus politique, c’est celle de la sécurité des Français», se désole un autre marcheur, qui ne fait même pas au gouvernement le reproche d’une réponse tardive aux gilets jaunes : «On ne sait pas à qui parler. Quand on les invite à Matignon, les types se font menacer de mort par leurs potes.»

Ces dernières heures, les parlementaires font part de remontées inquiétantes sur le terrain, alertant sur un risque de grand défouloir samedi. Ici c’est un député de la majorité qui vient d’avoir au téléphone son préfet, après l’évacuation d’un rond-point : «Il était très anxieux sur le risque d’une radicalisation samedi.» Là, une de ses collègues rapporte : «Chez moi, ce qui nous inquiète ce sont aussi les lycées qui commencent à débrayer.» «Personne ne peut être rassuré quand on voit ce déferlement de haine, le volume inouï de fake news, les pages Facebook appelant à marcher sur l’Elysée», résume Aurore Bergé tandis que le patron du groupe LREM, Gilles Le Gendre pointe «un risque de catharsis sur lequel il faut veiller». «Ce n’est pas LREM qui est en jeu, c’est le fonctionnement même de la démocratie. Ce n’est pas possible de menacer tranquillement les élus, les journalistes, les forces de l’ordre»,s’alarme Olivier Veran, député LREM de l’Isère.

«On ne s’est pas engagés pour se faire lyncher»

Depuis trois semaines, les parlementaires de la majorité ont été eux-mêmes visés. Insultes et menaces sur les réseaux sociaux, dégradations de permanences, mais aussi à leur domicile. «Hier j’ai eu une discussion surréaliste sur Facebook avec un type qui m’a répondu : « démissionne ou meurs »», raconte un député LREM. Un de mes collègues, qui était avec son gamin, a trouvé des manifestants qui l’attendaient devant sa maison. On ne s’est pas engagés pour se faire lyncher.» Certains ont demandé une protection policière ou font appel à des agents de sécurité lorsqu’ils organisent une réunion publique. «Mon préfet m’a demandé de ne pas me rendre sur les barrages, estimant que c’était trop dangereux», raconte une autre, qui craint une «Jo Cox en France», cette députée travailliste britannique tuée par balles en pleine campagne sur le Brexit en 2016.

Spectateurs inquiets d’une situation hors de contrôle, ces députés dénoncent des élus de l’opposition qui «soufflent sur les braises et, hors micro se demandent eux-mêmes s’ils ne font pas une connerie». Et s’agace de voir, parmi les gilets jaunes invités sur les plateaux TV «des haineux et des rageux». Pour Olivier Veran, «certains qui sont devenus des têtes de gondoles médiatiques portent des messages contre la République. Ce n’est pas ce que l’on entend sur les ronds-points où les gens nous disent : « on va mal, entendez-nous ».»

Source: Libération

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