Découverte d’un site biblique lié à l’Arche d’Alliance dans le centre d’Israël

Des fouilles, menées dans un couvent en partenariat avec le Collège de France, ont permis d’exhumer une structure monumentale unique jusqu’alors inconnue dans la région

Illustration tirée de la Bible Morgan du 13ème siècle montrant David qui apporte l’Arche à Jérusalem (2 Samuel 6). (Domaine public via Wikipedia)

Construite par la main de l’homme, la structure massive datant du 8e siècle avant l’ère commune a été découverte dans un couvent catholique du centre d’Israël. Elle a peut-être servi d’ancien sanctuaire pour l’Arche d’Alliance, selon Israël Finkelstein, l’archéologue réputé de l’université de Tel Aviv. Exhumé à Kiriath-Jearim, le sanctuaire va peut-être livrer de nouvelles informations sur les machinations politiques des royaumes frères de Judée et d’Israël.

Les vestiges d’un podium surélevé monumental ont été mis à jour au sommet d’une colline de Judée que l’on associe depuis longtemps au lieu biblique de Kiriath-Jearim. Selon la Bible, le lieu a été le foyer pendant 20 ans de la légendaire Arche de l’Alliance avant d’être prise par le roi David pour la faire défiler à Jérusalem.

A Kiriath Jearim, fouille d’une série de terrasses le long de la pente sud-est du mont. (Fouilles de la famille Shmunis à Kiriath-Jearim)

Pourtant, la fouille menée conjointement par l’université de Tel Aviv et le Collège de France ne s’est pas lancée à la recherche de l’arche légendaire. De fait, Finkelstein, le co-directeur de la fouille, ne croit pas à l’existence l’Arche de l’Alliance.

Il s’agit plutôt de trouver des preuves physiques, vieilles de presque trois millénaires, de la situation géopolitique à la ville frontière, située entre les deux royaumes monothéistes.

Selon Finkelstein, la grande plateforme surélevée a été construite par le Royaume du nord comme un sanctuaire pour l’histoire biblique de l’arche.

« Les fouilles de Kiriath-Jearim ont mis en lumière la puissance d’Israël (le Royaume du nord) au début du 8e siècle, et peut-être aussi sa domination sur la Judée », a déclaré Finkelstein au Times of Israël. Les recherches apportent aussi des informations sur un thème important dans la bible – l’Arche et son histoire ».

Vue aérienne de la Zone C, une grande terrasse sur la pente est, à la fin de la saison 2017, orientée au nord. (Fouilles de la famille Shmunis à Kiriath-Jearim)

A l’été 2017, Finkelstein et les co-directeurs Thomas Römer et Christophe Nicolle, en compagnie de 50 étudiants volontaires, ont lancé les fouilles de la famille Shmunis à Kiriath-Jearim sur le terrain privé d’un couvent catholique, situé à proximité du village israélo-arabe d’Abu Gosh du centre du pays.

Selon Römer, un expert de la biblique hébraïque réputé dans le monde entier, les histoires bibliques entourant l’Arche de l’Alliance ont servi à des objectifs politiques. « Le fond de l’histoire originale était de légitimer Kiriath-Jearim comme le nouveau sanctuaire après la destruction ou l’abandon de Shilo », a écrit Römer dans un courriel adressé au Times of Israël cette semaine.

En 1995 et 1996, il y a eu une petite fouille sauvage dirigée par Gabriel Barkay avant la construction du couvent au sommet de la colline. D’autres études avaient aussi été menées par Amir Feldstein dans les années 1980, et par Boaz Zissu et Chris McKinny en 2013.

« Les études précédentes – à la fois les fouilles sauvages et recherches – ont permis de brosser un tableau similaire de l’histoire de l’implantation du site, même s’il n’y a pas eu de découvertes notoires », a expliqué Finkelstein.

Mais c’était jusqu’à la découverte récente d’une plate-forme massive, faite de la main de l’homme, qui a complètement changé la donne. Selon les archéologues, le podium rectangulaire surélevé devait mesurer une surface d’environ 150 mètres sur 110 mètres en recouvrant ainsi une zone d’environ 1,65 hectare. Formée avec des murs typiques de l’Âge du fer, avec 3 mètres de large et se dressant encore à 2 mètres de hauteur, la structure est orientée exactement nord-sud et est-ouest.

L’archéologue et professeur Israël Finkelstein (Argonauter, CC-BY-SA, via wikipedia).

C’est un élément singulier dans le Royaume de Judée qui, selon la Bible, régnait autrefois à Kiriath-Jearim.

Finkelstein et ses co-directeurs pensent que la plate-forme a pu être un sanctuaire construit par le Royaume du Nord en commémoration de l’histoire de l’Arche d’Alliance, une histoire fascinante qui évoque une tradition partagée avec le Royaume de Judée.

Est-ce que cela pourrait être une indication de la lutte de pouvoir dans la région au 8e siècle avant l’ère commune ?

« Une affiliation du site au Royaume du Nord au début du 8e siècle n’est pas surprenante, dans la mesure où Israël dominait la Judée à cette époque et que l’Arche d’Alliance semble venir du nord, selon les Livres de Samuel », a expliqué Finkelstein.

Selon un rapport préliminaire sur les fouilles menées par l’équipe, « le but était probablement de légitimer Kiriath-Jearim comme le ‘nouveau’ sanctuaire de l’Arche. Si l’on suit cette logique, dans le cas d’une affiliation au Royaume du nord, la plate-forme surélevée a été construite afin d’accueillir un bâtiment de l’administration israélite, dont un temple, afin de dominer le royaume vassal de Judée ».

Une colline avec vue

Le site moderne de Kiryat Jearim est bordé par Abu Gosh, un village israélien célèbre pour sa grande diversité de magasins d’humus. Aujourd’hui, il est aussi connu sous le nom de Telz-Pierre, en lien avec les racines européennes de la communauté ultra-orthodoxe qui y réside. Située à moins d’un kilomètre au nord de l’autoroute qui relie Tel Aviv et Jérusalem, la colline sur laquelle se dresse le couvent est située stratégiquement.

Selon le récent rapport préliminaire intitulé « Fouilles à Kiryat-Jearim à proximité de Jérusalem, 2017 », qui a été publié en 2018 dans la revue annuelle Semitica évaluée par des experts du domaine, la colline « offre une vue à 180 degrés des grandes étendues de la pleine côtière et de la côte méditerranéenne (de Jaffa à Ashkelon) à l’ouest, des quartiers ouest de la Jérusalem moderne à l’est et des montagnes de Judée au sud-est ».

Dans la terrasse haute de Kiriath-Jearim, on a mis à jour un mur à environ 15 cm en dessous du niveau du sol. Le mur bien conservé fait environ 3 mètres de large et 2,15 mètres de hauteur ont été préservés de sa partie extérieure. (Fouilles de la famille Shmunis à Kiriath-Jéarim)

Aujourd’hui, la colline est ornée de terrasses en pente garnies d’oliviers, qui fournissent un abri verdoyant à la construction en pierre du couvent de 1906, à l’hôtel plus tardif, et à l’Eglise de Notre Dame de l’Arche de l’Alliance de 1924.

De manière inhabituelle, la fouille archéologique est située sur la propriété privée de l’église sous la protection du gouvernement français, une situation qui découle d’un accord de 1949 avec l’Etat d’Israël alors en développement. Aujourd’hui, le site accueille le Couvent de l’Arche de l’Alliance, qui recouvre le sommet de la colline, et est occupé par les Sœurs St Joseph de l’Apparition.

Il n’est pas possible de mener des fouilles au sommet, un point d’une importance stratégique dans l’ancien monde : « Tout d’abord, nous ne voulons pas perturber la paix du couvent ; ensuite, le sommet est probablement victime d’érosion ; enfin, il a été construit sur un important monastère de la période byzantine », a énuméré Finkelstein.

Pourtant, même avec la construction de l’église, il reste surprenant qu’un site biblique aussi important n’ait toujours pas été fouillé. « C’est peut-être lié au fait qu’il s’agit d’une propriété privée ; on peut bien comprendre que le sœurs n’aient pas eu envie d’être dérangées. Maintenant, avec l’implication du Collège de France, cela a été plus simple d’obtenir le feu vert du couvent », a déclaré Finkelstein.

Dès la phase de préparation initiale, l’équipe a travaillé étroitement avec les sœurs pour déterminer les endroits appropriés entre les différentes structures du bâtiment. « L’interaction avec les sœurs est cordiale et amicale », a précisé Finkelstein.

A la fin des fouilles, les sœurs pourront choisir d’ouvrir le site aux touristes. Selon lui, les sœurs ont été très arrangeantes, mais alors que les découvertes s’enchaînent, elles sont de plus en plus préoccupées pour leur tranquillité d’esprit.

De fait, l’analyse des objets retrouvés jusqu’à présent laissent peu de place au doute qu’il s’agit du lieu biblique de Kiriath-Jéarim. Le nom est mentionné dans plusieurs livres de la bible hébraïque, y compris une histoire détaillée dans les Chroniques 13, 5-8, où le Roi David transporte avec jubilation l’arche à Jérusalem.

« Et David est monté, et tout Israël, jusqu’à Baalah, c’est-à-dire, jusqu’à Kiriath-Jearim, qui appartenait à Judah, a apporté l’arche de Dieu… David et tous les Israélites ont joué, ont célébré de toutes leurs forces devant Dieu, avec des chants et avec des harpes, des lyres, des tambourins, des cymbales et des trompettes », peut-on lire dans la Bible.

D’autres textes historiques, dont l’ancien nom directoire, « l’Onomasticon » par Eusèbe de Césarée, un historien de l’église du 3ème et 4ème siècle et conseiller de Constantin le Grand, indiquent aussi que cet endroit est le lieu biblique.

Pour consolider encore plus cette hypothèse, les archéologues notent que le nom arabe du site, Deir el-ʿAzar, « semble être une déformation du ‘Monastère d’Eleazar’, probablement le nom du monastère byzantin, qui commémorait le nom du prête qui était en charge de l’Arche quand elle était conservée à Kiriath Jearim (1 Sam 7 : 1) ».

Technologie pour sonder d’anciennes profondeurs

Pour déterminer le lieu de fouille le plus pertinent entre les différents bâtiments du couvent, l’équipe a consulté des images aériennes d’une étude bavaroise de la Première guerre mondiale mais aussi des images aériennes modernes. L’équipe a aussi créé une orthophotographie de haute technologie à l’aide d’un drone et d’un Modèle d’élévation digitale.

« Les méthodes de haute technologie nous ont aidé à visualiser l’ancienne topographie et à localiser les lignes des terrasses principales. Ces modèles nous ont aidés à déterminer les lieux de fouilles, qui se sont révélés très pertinents », a déclaré Finkelstein.

Vue aérienne du site prise par l’armée de l’air bavaroise en 2918, vers le nord. Remarquez les grandes terrasses à l’ouest et à l’est. Le bâtiment moderne est la vieille maison du couvent ; au nord, on retrouve les fondations du secteur nord de l’hôtel (Fouilles de la famille Shmunis à Kiriath Jearim).

Même si l’équipe a exhumé d’innombrables objets, la découverte des murs de la plate-forme de l’Âge du fer reste sans conteste son succès le plus important.

« Incontestablement, l’existence de ces murs, qui soutenaient une plate-forme surélevée de l’Âge du fer, est la découverte la plus importante jusqu’à présent », a dit Finkelstein.

Avec la visualisation en 3-D du mont, quand les preuves de l’existence de la plate-forme ont finalement été découvertes, a déclaré Finkelstein, « j’étais surpris sans vraiment l’être. Surpris, parce que ce type de podiums surélevés est surtout connu dans le Royaume du Nord (Israël, et nous sommes à sa frontière la plus au sud. Mais pas vraiment surpris, car en observant la topographie et l’orthophotographie, je soupçonnais l’existence d’une plate-forme surélevée au sommet ».

La plateforme, un exploit architectural monumental, nous force à nous demander qui l’a construite ? Quel peuple aurait pu avoir la capacité de la construire à l’époque qui est suggérée par les datations de poterie et l’apparence des murs ? Comme pour compliquer encore plus les choses, on manque de découvertes marquées culturellement. « Il n’y a rien dans la matière culturelle, si ce n’est le podium, pour indiquer qu’il s’agit du nord », a remarqué Fintelstein.

Contrariés, les scientifiques ont eu recours à la datation de haute technologie par Luminescence optique stimulée (LOS). Cette méthode a suggéré que la plate-forme datait de la période de l’Âge du fer IIB, soit environ au 8e siècle avant l’ère commune.

Modèle d’élévation digitale du mont de Kiriath Jearim (Fouilles de la famille Shmunis à Kiriath Jearim).

« En gardant à l’esprit la dimension monumentale de la construction, et le fait qu’aucune plate-forme de ce type n’est connue en Judée, il y a deux possibilités dans l’Âge du fer IIB : il pourrait s’agir d’une entreprise risquée assyrienne après l’an 720 de l’ère chrétienne, ou d’une construction israélite du nord avant 732 avant l’ère commune, à savoir avant le début du déclin du royaume en 747 avant l’ère chrétienne », ont écrit les archéologues dans leur rapport.

Selon les archéologues, d’autres plate-formes similaires étaient bien connues dans le Royaume du Nord lors de la fenêtre de temps suggérée, y compris dans la capitale de Samarie. Typiquement, ces plate-formes consistaient en des supports muraux massifs remplis de terre qui formaient une colline artificielle.

Les débris de poterie retrouvés à proximité du mur datent de l’Âge de fer IIB (900 à 700 avant l’ère chrétienne), ont déclaré les archéologues et la date de la construction pourrait aussi indiquer le Royaume du Nord : « Une plate-forme surélevée à Kiriath-Jearim aurait pu être construite par Israël après sa domination sur la Judée par Joash », comme c’est noté dans 2 Rois 14 : 11-13.

« De manière cohérente, le règne de Jéroboam II (788-747 avant l’ère chrétienne), au milieu du 8e siècle, correspond bien à la fois à la datation par LOS et des céramiques », ont souligné les auteurs.

Pendant les fouilles, et en comparant les conclusions effectuées sur d’anciennes fouilles plus petites, les archéologues ont mis en évidence un mouvement d’implantation continu et intensifié dans le sillage de l’Âge de fer IIC (700-586 avant l’ère chrétienne), tout comme la reconstruction de la plate-forme. Une autre reconstruction a eu lieu pendant les périodes hellénistiques tardives. « Il pourrait s’agit des efforts de fortification entrepris par le général séleucide Bacchidès », ont suggéré les universitaires.

Une plate-forme pour tous les commander

La deuxième période de fouilles commencera en août 2019 avec une équipe aussi importante, composée de professionnels et de volontaires. « Cette fois aussi, nous prévoyons de nous focaliser sur les grands murs qui soutiennent la plate-forme surélevée », a déclaré Finkelstein.

Finkelstein, qui considère l’Arche de l’Alliance comme une légende et non un fait, a dit qu’il n’y a pas de preuve physique à Kiriath-Jearim démontrant que l’arche y aurait résidé historiquement – il ne s’attend d’ailleurs pas non plus à en trouver. Pourtant, l’équipe souhaite comprendre pourquoi la légende s’est développée.

« Pourquoi l’histoire de l’Arche du nord a été introduite dans la bible est une très bonne question. C’est une des traditions du nord qui a trouvé son chemin jusqu’au sud. Peut-être l’idée était-elle d’expliquer comment l’arche a pu aller jusqu’à Jérusalem », a-t-il expliqué.

Le co-directeur Römer des fouilles de Finkelstein a également donné son point de vue : « l’histoire de l’arche a été introduite dans la Bible car dans sa présente forme, elle donne de la légitimité à Jérusalem comme le seul sanctuaire ‘officiel’ de YHWH, puisque selon le récit biblique, David y a transféré l’arche depuis Kiriath Jearim ».

« Les rédacteurs tardifs ont accordé une courte période de résidence pour l’arche à Kiriath Jearim [dans 1 Samuel 7:2: il est écrit que l’arche y est restée pendant 20 ans] afin de suggérer que l’arche est arrivée assez rapidement à Jérusalem. Mais historiquement parlant, cela s’est produit bien plus tard, probablement sous le règne du Roi Josiah », a écrit Römer.

La grande plate-forme de Kiriath Jearim aurait disposé de plusieurs fonctions, étant à la fois un sanctuaire et un lieu administratif de pouvoir, ont déclaré les scientifiques.

« Une plate-forme peut, bien évidemment, contenir un sanctuaire, a déclaré Römer, et le fait que selon Samuel 7:1 l’arche ne soit pas retournée à Shiloh d’où elle a été capturée, mais soit venue à Kiriath Jearim, indique clairement la fonction de culte de l’endroit ».

Finkelstein a suggéré que l’histoire de l’Arche a pu « servir l’idéologie du Royaume du Nord à l’époque de Jéroboam II, mais aussi les besoins territoriaux réels qui provenaient de la domination de la Judée ».

« Je suspecte que ce sanctuaire de l’arche faisait partie d’une idéologie d’Israël unifié (dirigé depuis la Samarie) – le précurseur du concept ensuite développé de Monarchie unifie Judahite », a expliqué Finkelstein.

Source: Times of Israël

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