Netanyahu diffuse un clip où les pays arabes défendent Israël, attaquent l’Iran

Lors du Sommet de Varsovie, le ministre bahreïni des Affaires étrangères estime que combattre l’Iran est plus urgent que de résoudre la question palestinienne.

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a laissé fuiter une vidéo dans laquelle les ministres des Affaires étrangères de trois pays arabes attaquent vertement l’Iran et défendent Israël. L’un d’entre eux dit notamment que combattre la République islamique est plus urgent que de résoudre le conflit israélo-palestinien.

La vidéo de 25 minutes qui a été publiée sur YouTube – dont le lien a été envoyé par le bureau de Netanyahu à plusieurs journalistes israéliens – montre un extrait d’une discussion de groupe survenue lors du gala d’ouverture de la conférence de Varsovie sur le Moyen-Orient, qui s’est tenue à l’écart des médias.

Les propos des ministres des Affaires étrangères ont très largement confirmé ce que le Premier ministre avait indiqué aux journalistes israéliens au cours d’un point-presse organisé dans la journée, où il s’était largement étendu sur les positionnements adoptés par les ministres arabes.

Moins de 30 minutes après la reprise du clip par les médias, le bureau du Premier ministre a supprimé la vidéo de sa chaîne YouTube.

Sur les images, le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan indique que les attaques menées par Israël contre des cibles iraniennes en Syrie sont justifiées.

« Toute nation a le droit à l’auto-défense lorsqu’elle est provoquée par une autre, oui », répond-il à une question posée par le modérateur de la discussion, l’ancien négociateur pour la paix au Moyen-Orient, Daniel Ross, concernant les attaques israéliennes visant à empêcher l’Iran de s’ancrer militairement en Syrie.

Le ministre bahreini des Affaires étrangères Khalid bin Ahmed Al Khalifa a expliqué pour sa part que le processus de paix israélo-palestinien se porterait bien mieux sans le comportement agressif de l’Iran.

« Nous avons grandi en parlant de la question israélo-palestinienne comme si elle était la plus importante d’entre toutes » à « résoudre, d’une manière ou d’une autre », dit-il. « Mais plus tard, nous avons assisté à l’émergence d’un défi encore plus grand, nous avons assisté à l’émergence d’un défi encore plus toxique – finalement, le plus toxique de toute notre histoire – qui émane de la république islamique ».

S’il n’y avait l’agression iranienne régionale, « nous serions bien plus avancés, aujourd’hui, dans la résolution de la question avec Israël », note Khalifa, en présence de Netanyahu et d’autres délégués en provenance de 60 pays.

« Mais c’est un défi grave qui nous empêche dorénavant d’aller de l’avant – que ce soit en Syrie, que ce soit au Yémen, que ce soit en Irak, que ce soit n’importe où », continue le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn.

« Et c’est ainsi le défi que nous devons affronter avant de pouvoir nous attaquer aux autres », poursuit-il, se référant à la république islamique.

« En ce qui concerne la question d’Israël et de la Palestine, nous avons connu l’accord de Camp David [entre l’Etat juif et l’Egypte en 1978 ]. Il y a eu la conférence de Madrid [en 1991]. Il y avait de nombreux autres moyens de résoudre cette problématique et, si nous avions poursuivi sur la même voie, et s’il n’y avait eu… les armes et les soldats de la république islamique, je pense que nous serions aujourd’hui bien plus avancés dans la résolution de cette question avec Israël. Mais c’est un défi grave qui nous empêche dorénavant d’aller de l’avant – que ce soit en Syrie, que ce soit au Yémen, que ce soit en Irak, que ce soit n’importe où », conclut-il alors.

Le ministre d’Etat saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, aa ffirmé pour sa part que les activités bellicistes de l’Iran déstabilisent la région, rendant le processus de paix israélo-palestinien impossible à réaliser.

« Regardez les Palestiniens : qui soutient donc le Hamas et le Jihad islamique, et qui coupe l’herbe sous le pied de l’Autorité palestinienne ? L’Iran », dit-il, citant plusieurs conflits au Moyen-Orient où l’Iran assume un rôle de déstabilisation.

« Nous ne pouvons stabiliser la région sans la paix entre les Israéliens et les Palestiniens mais où que nous nous rendons, nous retrouvons le comportement maléfique de l’Iran », continue-t-il.

Il a également tenu des propos durs au sujet du groupe terroriste libanais du Hezbollah.

« L’une des plus grandes plaisanteries, c’est de dire que le Hezbollah a une aile politique et une aile militaire. C’est faux », affirme-t-il.

Mais Jubeir consacre la plus grande partie de ses propos à une critique fondamentale de l’accord sur le nucléaire iranien qui, selon lui, permettra à l’Iran d’acquérir des armes nucléaires et de terroriser ses voisins dans une décennie en raison de sa clause de révision controversée.

« Quand le JCPOA a été signé, tout le monde pensait que tout irait bien », explique-t-il, évoquant le pacte sur le nucléaire signé en 2015 sous son appellation technique.

« Pendant dans ce temps, nous, dans la région, nous nous trouvons dans l’oeil du cyclone – pour nous, 10 ans vont passer en un rien de temps », ajoute-t-il. « Ainsi, l’Iran va terminer de concevoir une arme nucléaire – ce pays est capable en théorie d’en fabriquer une très rapidement parce qu’aucune limite ne lui est imposée sur l’enrichissement – et qui va souffrir ? Nous », renchérit-il.

« L’Iran livre des missiles balistiques au Yémen et au Hezbollah. Qui va souffrir ? Nous, dans la région. Et il faut donc être sérieux dans la gestion du problème posé par l’Iran. »

Jubeir dit souhaiter que l’Iran puisse changer et devenir « un pays normal ».

« Ce serait le mieux pour chacun d’entre nous », dit-il. « Mais nous n’en sommes pas encore là. Toute tentative de conciliation à leur encontre ne fait que les encourager plutôt que les décourager ».

L’ambassadeur Dennis Ross, responsable américain vétéran, a tweeté au sujet de l’événement : « Mêmes points de vue de la posture agressive et menaçante de l’Iran au Moyen-Orient et convergence indubitable sur ce qu’il faut mettre en place pour la contrer ».

La responsable du parti Hatnua Tzipi Livni, ex-ministre des Affaires étrangères, a critiqué la diffusion de la vidéo par le bureau du Premier ministre, disant que Netanyahu mettait en péril les relations avec les Etats arabes à des fins politiques.

« Les relations avec les nations sont basées, entre autres, sur la confiance entre les leaders. Filmer et diffuser des déclarations faites à huis-clos, comme vient de le faire Netanyahu, pour un gain politique interne, est inadmissible ».

« Depuis des années, j’ai entretenu des contacts apaisés avec les leaders arabes avec lesquels nous ne partageons pas de relations diplomatiques et jamais je n’ai médiatisé quoi que ce soit issu de ces rencontres ».

Elle a appelé une « diplomatie extérieure, et non une politique intérieure ».

Source et vidéo: Times of Israël

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