Israël: Derrière les slogans, une campagne qui sonne creux

Les enjeux de ces élections dépassent la question de la survie politique de Netanyahou, à laquelle ce scrutin est régulièrement réduit. Quelques jours après les votes, le plan de paix américain sera soumis aux Palestiniens et aux Israéliens et ce quel que soit l’issue des élections.

Les travailleurs électoraux israéliens comptent les bulletins de vote restants des soldats et des absents à la Knesset à Jérusalem, jeudi 12 février 2009. 
AP Photo / Bernat Armangue

Ajoutons-y un système de santé israélien décrépi, et une croissance israélienne qui risque de connaître un net ralentissement.

Mais où sont les débats, et les propositions des candidats sur ces sujets cruciaux? Ces thématiques essentielles ne semblent être la préoccupation que des « petits partis », qui espèrent simplement influer sur les décisions du prochain gouvernement.

Les candidats au poste de Premier ministre mènent eux leur bataille à coup de communiqués aseptisés sur l’antisémitisme, très virulents sur leurs adversaires, ou de clips agressifs populistes et faussement anonymes.

Le chef du gouvernement actuel qui ambitionne de battre le record israélien de longévité politique, s’occupe avant tout de négocier les alliances susceptibles de garantir sa survie, et de trouver le moyen de payer les factures de ses avocats.

Mais le choix de Benyamin Netanyahou de s’associer aux franges les plus radicales de la droite israélienne divise même de l’intérieur.

Dans sa chasse effrénée aux voix perdues de la droite, Netanyahou a légitimé une plate-forme politique marginale et offert une tribune à des partis jusque-là ignorés par les gouvernements de droite comme de gauche.

Le Likoud avait pourtant connu d’autres élections périlleuses, mais même après la scission avec Sharon et la création de Kadima, le parti historique de droite et ses 12 mandats avait remonté la pente en se recentrant à droite, une droite pragmatique tentant de rassembler les électeurs de centre droit et ceux de la droite nationaliste.

Sa dernière décision risque de faire s’éloigner nombre d’entre eux, qui peuvent s’interroger sur le bienfondé de cette alliance de circonstances.

Au centre, on trouve un agglomérat de personnalités de droite, de centre, de gauche, on rassemble à tous ceux qui veulent « faire tomber Bibi ». Mais quelle est donc la plate-forme idéologique et politique? Où sont les idées, les programmes, qui peuvent permettre d’y voir plus clair, et surtout au-delà des discours aseptisés, des brillants exercices de communication politique et des enchaînements calculés de slogans qui sonne bien?

Aucun engagement trop détaillé outre celui d’un combat contre le Premier ministre sortant. Pas d’interview de Benny Gantz autre que la mise en scène d’un mélodrame face à un – très populaire- chanteur israélien dans sa cuisine.

3 anciens chefs d’états majors aux compétences – à ce poste – reconnues, dont l’un -Moshe Yaalon – doit encore démontrer qu’il recherche autre chose qu’une vengeance politique.

Les deux autres aspirent désormais au poste de grand stratège et non plus de grand exécutant, dans un univers politique ou l’habilité de Benny Gantz à conclure des alliances électorales ne dit rien de leur vision d’avenir.

C’est une campagne montée comme une publicité télévisée, faite pour donner envie sans jamais trop en dire.

Peut être parce qu’en détaillant leurs engagements ces candidats ont plus a perdre qu’à gagner.

Mais leur alliance reste hétéroclite tant qu’ils n’auront pas expliqué sur quoi repose leur socle commun au- delà de leur ambition d’une prochaine victoire politique.

Selon des analystes, une nouvelle alliance entre les principaux adversaires du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu – l’ancien chef militaire Benny Gantz et le journaliste devenu politicien Yair Lapid – va au minimum bouleverser la campagne pour le vote du 9 avril.
Thomas COEX, JACK GUEZ (AFP / File )

En attendant, pour faire grimper les sondages sans promesses trop explicites, juste des clips.

Le système politique israelien, aurait dû permettre d’éviter la personnalisation à outrance de la campagne autour de ces têtes d’affiche mais il n’en est rien.

Les électeurs sont ainsi réduit au rang de consommateurs, un vote réduit à un sondage de popularité.

Pourtant les échéances sont là : au lendemain des élections, et quelle qu’en soit le résultat, un plan de paix américain sera sur la table. Et c’est à ce moment que se mesurera le courage du chef de gouvernement élu, qu’il soit de droite, de gauche, ou ni droite ni de gauche.

Netanyahou, si élu, opposera-t-il une fin de non-recevoir à son ami Trump?

Car si le plan de paix de l’actuel administration américaine ne suscite pas de prime abord l’enthousiasme et l’adhésion des Palestiniens, son existence même contrarie fortement Netanyahou. Or la pression américaine a déjà réussi dans le passé à faire plier le leader de la droite.

Bibi, au cours de son premier mandat, en 1997, a sous la pression de Clinton accepté de céder Hebron à Yasser Arafat.

Bibi en 2009 lors du discours de Bar Ilan et sous la pression d’Obama a accepté la solution de deux Etats pour deux peuples.

Les échéances électorales américaines et les refus palestiniens de négocier lui ont à chaque fois permis de gagner du temps. Mais pas sûr que « gagner du temps », soit un slogan qui marche pour garder l’adhésion de la droite et des Israéliens et remporter un nouveau mandat. Même si dans les faits il s’agit de la recette de son succès pour repousser voire enterrer la reprise des négociations.

Face à lui, l’effet de la nouveauté et la brochette de militaires menée par Beni Gantz et alliée au centriste Lapid offre une photo séduisante. Mais partager l’affiche signifie aussi accepter de partager le pouvoir, et la rotation n’a jamais été pour les Israéliens un premier choix, ni un synonyme de stabilité politique.

Cette clinquante association est focalisée sur le rejet de l’adversaire plus que sur l’adhésion à une unité solide et une vision politique cohérente.

Et la prochaine décision du conseiller juridique du gouvernement sur les affaires Netanyahou sera une occasion de plus de repousser les nécessaires éclaircissements sur leur projet politique.

Quel que soit le ou les vainqueurs, le flou demeure sur les projets menés et la réponse qui sera donnée à Jared Kushner.

Et le conflit israélo-palestinien, après être passé au second plan ces dernières années et pendant toute la campagne risque bien d’être le dossier le plus brûlant du prochain Premier ministre israélien.

Source: i24 News

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