Les réunions de guérison ont le vent en poupe

Longtemps délaissé par un christianisme qui n’y croyait plus, le don de guérison pratiqué et enseigné par le Christ revient sur le devant de la scène. En Suisse, des centaines de personnes se rendent à des réunions de guérison, comme celles qui se tiennent à Oron-la-Ville, entre autres. Dans le monde, ils sont des milliers. Pour questionner ce phénomène inexplicable, Le Régional a interrogé des scientifiques et des croyants en apportant des témoignages de gens qui ont été guéris. Entre effet placebo et spiritualité, croyants, athées et études scientifiques se rejoignent sur un point: les chances de guérison d’une personne qui a une attitude positive sont décuplées. Enquête et témoignages.

Des centaines de personnes assistent régulièrement aux soirées miracles et guérison dans l’église d’Oron-la-ville en Suisse. (photo : leregional)

Que signifie la guérison dans le christianisme et comment est-elle pratiquée? Elle résulte d’une «force qui vient de l’Esprit de vie qui nous habite et qui peut nous libérer (réd: de nos maladies, de nos souffrances, de nos blocages) pour être ce que nous sommes», résume simplement Tiziano Chinellato, membre de l’Eglise évangélique de Châble-Croix, à Aigle.

De même, l’excellent ouvrage de Christine Prieto, «Jésus thérapeute», paru aux Editions Labor et Fides, sonde les miracles du Christ partant du contexte religieux et médical de l’époque. Ce livre est une reprise allégée de sa thèse de doctorat couronné du Prix Paul Chapuis-Secrétant de l’Université de Lausanne en 2013.

A propos de l’Esprit Saint, auquel les chrétiens attribuent le pouvoir de guérir l’âme et le corps, elle note (Luc 24,29): «L’Esprit est puissance et l’Esprit a de la puissance». Jésus et ceux qui suivent son enseignement apparaissent alors comme ceux qui mettent en action cette puissance. «Chaque auteur donne une part de responsabilité variable à la parole d’ordre et au geste du toucher, écrit l’auteur. (…) Le geste ne transmet pas de pouvoir thérapeutique, mais a un rôle symbolique. Jésus n’est pas un magicien. Sa passation de pouvoir est dépouillée de rituels».

«Ce n’est pas moi qui agis»

Habitant d’Ollon, Jérémy Dos Pablos, qui pratique la guérison, explique son «fonctionnement»: «Christ a pris toutes nos maladies (Esaïe 53-54). Ce n’est pas moi qui guéris, c’est Dieu. Il n’y a pas d’obsession d’être au top de sa forme, parce que ce n’est pas moi qui agis et cela n’a rien à voir avec des pratiques, des mérites ou l’intelligence. Dieu n’agit pas selon des formules. Nous devons enlever cet orgueil de tout vouloir régler par nous-mêmes. Dieu veut le faire car Il sait ce qui est bon pour nous».

«Je flippais trop!»

«La première fois que j’ai prié pour un aveugle, se souvient Alex De Pablos, frère jumeau de Jérémy, qui pratique lui aussi des guérisons, je ne pensais même pas que Dieu pouvait lui ouvrir les yeux, et pourtant Il l’a fait. J’étais dans le train et j’ai dit à Dieu que j’étais disponible, raconte Alex De Pablos. Alors l’image d’un homme avec un sac et une canne blanche m’est apparue. Puis rien. Sur le point d’arriver à Vevey, un homme s’est assis à côté de moi. C’était lui, et il était aveugle. Je flippais trop et je me disais: «Seigneur comment je dois lui parler?». J’avais peur de mettre mes mains sur ses yeux et je lui ai demandé si je pouvais prier pour lui. Je ne savais pas quoi dire, alors j’ai proclamé des versets bibliques, ça marche au taquet! J’ai dit: «Amen» et il s’est mis à pleurer en disant: «Oui! Je vois». Et il est parti en hurlant: «Je vois, je vois».

«Je le pansais, Dieu le guérit»

«On veut trop tout comprendre, tout analyser, il y a des choses inexplicables», relève Erika Mathys qui a été guérie d’un cancer rare. Pour cette chrétienne, la guérison a été possible par la grâce de Dieu et grâce au traitement découvert par le Professeur Lejeune. «Tout cela se conjugue, s’imbrique, souligne-t-elle. Ce n’est pas seulement Dieu qui m’a guérie. Le créateur guide aussi la main des médecins, leurs recherches. La médecine et la prière se complètent pour parvenir à la guérison». Ancien directeur du centre pluridisciplinaire d’oncologie du CHUV, le Professeur Ferdy Lejeune précise: «Des études psycho-médicales établissent des scores de l’attitude psychologique dans le cancer. Elles ont montré que des personnes qui avaient un bon score psychologique vivaient plus longtemps».

Le processus de guérison

«La maladie nous incite à prendre soin de nous, remarque une croyante anonyme de l’église catholique Ste Thérèse, à Clarens. Le corps est parfois obligé de se mettre en état extrême pour que l’on prenne soin de notre être intérieur. Dieu ne parle pas plus pendant l’épreuve, mais nous le recherchons et l’écoutons davantage. Lorsque je pratique le don de guérison qui a été donné à chacun par le Christ, je ne suis pas la lumière, mais un outil de la lumière. Chacun voit une facette du diamant spirituel, mais personne ne voit l’ensemble de ce qu’est Dieu, et nous sommes loin de pouvoir l’appréhender. Je ne perds plus mon temps à répondre à ces questions mais j’essaie d’appliquer une spiritualité au quotidien.

Pour moi la guérison vient de Dieu. J’ai cette confiance qu’il nous donne la trousse de secours parfaitement adaptée à qui nous sommes et où nous en sommes. Mais cela peut prendre le temps dont nous avons besoin pour que la vie se fraie un chemin en nous».

Mise en scène, manipulation ou Esprit de Dieu ?

Dans son étude de cas sur les soirées «Miracles et guérisons» qui se tiennent régulièrement à Oron-la-Ville, Jörg Stolz, professeur en sociologie des religions à l’Université de Lausanne relève que les miracles peuvent être expliqués par l’effet placebo. Selon lui, c’est un ensemble de facteurs précis et rationnels qui rend, au final, les guérisons pentecôtistes possibles et fréquentes: des paralysés se lèvent, des ulcères disparaissent, les cancéreux guérissent, les sourds entendent .

Animateur de ces réunions qui peuvent accueillir jusqu’à 400 personnes et dont la renommée dépasse les frontières, Werner Lehmann, pasteur de l’Eglise Evangélique d’Oron-la-Ville et président de l’Association Internationale des Ministères de Guérison (AIMG), rétorque: «Nous devons faire attention de ne pas limiter Dieu à notre compréhension. On se fait un Dieu à notre image, on le limite à ce que l’on est capable de croire, de penser ou d’accepter». Outre les réunions de guérison, cette Eglise dispense aussi des cours mensuels sur l’Etude du surnaturel» auxquels participent 650 étudiants de toute la Suisse.

Source : leregional.ch

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