Pourquoi la Roumanie annonce le transfert de son ambassade à Jérusalem

La déclaration, dimanche, de la Première ministre roumaine mêle considérations diplomatiques et mobilisation contre l’antisémitisme.

© JOHN THYS La Première ministre roumaine, Viorica Dancila, à Bruxelles, le 20 mars.

La Roumanie fait un pas vers Israël. La Première ministre du pays qui assure la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, a annoncé le transfert de son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. «Je suis ravie de vous annoncer […], qu’en tant que Première ministre de Roumanie, avec mon gouvernement, nous allons transférer l’ambassade de Roumanie à Jérusalem, capitale d’Israël», a déclaré la Première ministre social-démocrate, Viorica Dancila, dimanche soir,  lors de sa visite officielle à Washington, à la conférence de l’organisation américaine pro-israélien Aipac. Elle a également annoncé une série de lois visant à dédommager les juifs roumains.

La déclaration a mis le feu aux poudres en Roumanie. Sans tarder, le président libéral, Klaus Iohannis, qui brigue un second mandat à la présidentielle de décembre, a dénoncé une ingérence dans ses attributions. Ancien ministre des Affaires étrangères, Cristian Diaconescu rappelle que «la Constitution est claire à ce sujet : seul le président peut prendre une telle décision».

La pression est forte sur Iohannis. Car si Dancila n’en est pas à son premier coup d’essai, celui-ci pourrait être le bon. En avril 2018, la Première ministre, en visite en Israël, avait déjà annoncé que le gouvernement planchait sérieusement sur un projet visant le transfert de son ambassade. Depuis, la question a fait régulièrement débat à Bucarest et des rapports d’évaluation réalisés par le ministère des Affaires étrangères ont été remis aux différentes parties.

Série de lois

Les détracteurs de Dancila fustigent une vision irréaliste de la politique internationale, en désaccord avec les décisions des partenaires européens, qui mettrait l’UE dans l’embarras. Mais devant une Union hésitante, c’est la ligne de Trump que Dancila a choisi de suivre, qualifiant même le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem d’«acte admirable et courageux» qui lui a servi de modèle. Avec la République tchèque, la Roumanie est le second pays européen à annoncer le transfert.

Pour Andrei Schwartz, membre fondateur du World Jewish Congress, «les autres Etats membres de l’UE devraient également suivre cette décision». Depuis qu’Israël a officiellement attribué à Jérusalem le statut de capitale, la communauté internationale hésite à reconnaître ce changement de peur d’un embrasement de la région.

«Tous les Etats finiront par transférer leurs ambassades à Jérusalem», analyse l’historien Liviu Rotman, professeur à l’Ecole nationale d’études de sciences politiques et administratives de Bucarest, avant de nuancer : «Alors qu’on tente d’établir un nouveau processus de paix indispensable pour toute la région, l’annonce roumaine n’intervient peut-être pas au meilleur moment.» Pour Rotman, la position de Dancila «est celle de Benyamin Nétanyahou, actuellement en campagne électorale» et également en visite à Washington.

Dancila s’est engagée corps et âme dans le combat contre l’antisémitisme depuis la prise de la présidence tournante. Après avoir organisé une conférence sur l’amélioration de la protection des communautés juives en Europe, la Première ministre a également annoncé dimanche une série de lois visant à réparer les préjudices historiques subis par les juifs roumains.

Dédommagements

Car la Roumanie peine à faire la paix avec son histoire. Si la participation de leur pays à l’Holocauste est encore méconnue de beaucoup de Roumains, l’«échange» de personnes de confession juive à l’Etat d’Israël contre une somme d’argent par Ceausescu (1) a officiellement été condamné par l’ancien président Basescu, en 2006, lorsque l’Etat a condamné le régime communiste.

Mais pour Liviu Rotman, «des lois existent déjà. Pour les rétrocessions, les problèmes ne se posent pas que pour les juifs, mais aussi pour les autres Roumains, peu importe leur confession», souligne l’historien. Une situation que déplore également Andrei Schwartz, membre fondateur du World Jewish Congress pour qui «les dédommagements sont nécessaires, mais ils doivent aussi être effectifs et rapides car les survivants de la Shoah sont peu nombreux et âgés». La moyenne d’âge de la communauté juive de Roumanie est de plus de 70 ans.

Avant que les derniers survivants de la Shoah et du communisme ne périssent, certains, comme Andrei Schwartz en appellent donc au courage politique, signalant que «la Roumanie doit avoir une politique étrangère basée sur des valeurs et des principes».

Pourtant, en voulant panser les plaies du passé, face aux défis d’une Europe en proie à la xénophobie et à l’antisémitisme, la Roumanie doit résister à la fronde qui s’organise. Le roi Abdallah II de Jordanie vient d’ailleurs d’annuler sa visite officielle dans le pays, en signe de désaccord avec les annonces faites à Washington.

(1) La Roumanie communiste était un pays fermé avec interdiction des citoyens de voyager à l’étranger ou de migrer. Face au désir d’Israël de peupler son territoire, Ceausescu avait instauré un système dans lequel l’Etat roumain échangeait ses ressortissants de confession juive contre une somme d’argent versée par Israël.

Source: Libération

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