Atterrissant en Israël, le président brésilien dit son « amour » pour le pays

Le premier voyage de J. Bolsonaro dans l’Etat juif est vu comme un atout pour la campagne de Netanyahu ; il devrait évoquer un transfert de très attendu de l’ambassade à Jérusalem.

Le président brésilien Jair Bolsonaro, à gauche, à côté du Premier ministre Benjamin Netanyahu après son atterrissage à l’aéroport Ben-Gourion à l’occasion de sa première visite en Israël en tant que président, le 31 mars 2019 (Capture d’écran : GPO)

Le président brésilien Jair Bolsonaro a atterri en Israël dans la journée de dimanche pour une visite de deux jours qui arrive à point nommé pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en vue des élections du 9 avril.

Bolsonaro, provocateur de droite qui a fait les gros titres pour avoir minimisé la brutalité de la dictature militaire qui a sévi dans son pays par le passé, a eu pour premiers mots à son arrivée à la cérémonie de réception organisée à l’aéroport Ben-Gourion une phrase en hébreu : « Ani ohev et Israel » ou « j’aime Israël ».

Il devrait annoncer pendant sa visite s’il prévoit de transférer l’ambassade brésilienne de Tel Aviv à Jérusalem.

Benjamin Netanyahu a salué le président brésilien pour sa « foi dans notre héritage commun » et son engagement en faveur de l’amélioration des liens entre Israël et le Brésil.

« Quand vous êtes entré en fonction au mois de janvier, nous avons ouvert une nouvelle ère dans les relations entre Israël et le Brésil », a-t-il dit. « A l’occasion de votre première visite hors du continent américain, vous voici en Israël pour faire prendre à nos relations une nouvelle ampleur ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue le président Jair Bolsonaro après son arrivée en Israël, le 31 mars 2019 (Capture d’écran : GPO)

Netanyahu a indiqué que les deux hauts responsables allaient visiter le mur Occidental à Jérusalem.

Il a aussi déclaré à son invité, au sujet des tensions continues autour de la bande de Gaza : « M. le Président, vous arrivez à un moment tendu et j’ai donc ordonné aux forces de l’armée israélienne de rester pleinement déployées autour de la bande de Gaza : ce qui comprend des tanks, des unités d’artillerie, des forces terrestres et aériennes. »

« Nous sommes prêts à tous les scénarios si nous y sommes forcés – notamment à une grande campagne militaire », a-t-il ajouté. « Nous ferons ce qu’il faut pour la sécurité d’Israël. »

Le Premier ministre était accompagné de hauts responsables du cabinet, mais seulement des personnalités issues du Likud – un signe de la portée électorale de cet événement.

Parmi eux, le ministre des Affaires étrangères en exercice Yisrael Katz, le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely.

Jair Bolsonaro a promis de manière répétée de transférer l’ambassade brésilienne à Jérusalem, récoltant les louanges de Netanyahu et du président américain Donald Trump malgré les critiques de nombreux gouvernements qui estiment que de telles initiatives ne peuvent que compliquer les efforts de paix entre l’Etat juif et les Palestiniens.

« Comme je l’ai promis durant la campagne, nous avons l’intention de relocaliser la mission brésilienne de Tel Aviv à Jérusalem. Israël est un pays souverain et nous le respectons », avait-il ainsi tweeté quatre jours après sa victoire aux élections présidentielles, à l’automne 2018.

Une garde d’honneur attend le président brésilien Jair Bolsonaro à l’aéroport Ben-Gourion au début de la toute première visite de ce dernier en Israël en tant que président, le 31 mars 2019 (Capture d’écran : GPO)

Mais le président brésilien a semblé faire marche arrière ces dernières semaines.

Jeudi, il a expliqué aux journalistes qu’il pourrait plutôt annoncer l’ouverture d’un « bureau commercial » à Jérusalem pendant son séjour en Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Ernesto Araujo a déclaré aux journalistes au début du mois que le gouvernement « étudiait encore » le plan de transfert de la mission diplomatique.

Au mois de janvier, le vice-président de Bolsonaro, le général à la retraite Hamilton Mourao, avait rencontré l’ambassadeur de l’Autorité palestinienne au Brésil. Après la réunion, il avait dit aux journalistes que « le Brésil, pour le moment, n’envisage pas de déplacer l’ambassade ».

Les responsables palestiniens et de tout le monde arabe ont fait part de leur opposition ferme à une telle initiative qui serait considérée comme une « attaque » contre la population palestinienne et une violation du droit international, a récemment assuré l’envoyé palestinien dans cette nation d’Amérique latine.

Un homme jette une chaussure sur l’ambassade américaine lors d’une manifestation contre les frappes militaires israéliennes dans la bande de Gaza à Rio de Janeiro, le 8 janvier 2019 (Crédit : AP/Silvia Izquierdo)

Le Brésil est le plus important producteur bovin répondant aux normes halal, et les promesses répétées de Bolsonaro de transférer l’ambassade ont entraîné des mises en garde de la part de la Ligue arabe et de la chambre de commerce arabo-brésilienne.

Selon Marco Bastos, analyste politique, le chef de l’Etat brésilien a deux groupes à satisfaire chez lui par cette relocalisation de la mission diplomatique : les évangéliques, qui représentent une large partie de sa base électorale, et la communauté juive brésilienne.

« La nouvelle droite au Brésil tente d’imiter la nouvelle droite aux Etats-Unis. Il n’y a pas d’intérêt stratégique réel dans le transfert de l’ambassade », a commenté l’analyste, citant la longue tradition du Brésil en termes de relations pragmatiques et amicales avec presque tous les autres pays étrangers et les exportations de viande, représentant des milliards de dollars, vers les pays arabes.

La décision d’ouvrir un bureau mais de ne pas transférer l’ambassade dans sa totalité suivrait des initiatives similaires prises par des pays européens qui ont souhaité afficher leur solidarité avec l’Etat juif et les Etats-Unis, sans pour autant bouleverser des décennies de politique diplomatique.

Ces dernières semaines, plusieurs pays ont ouvert ou annoncé leur intention d’ouvrir des missions commerciales et culturelles dans la capitale, dont la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie.

Les partisans de Jair Bolsonaro, font la fêtent à Rio de Janeiro, après que l’ancien capitaine de l’armée a remporté l’élection présidentielle du Brésil, le 28 octobre 2018. (CARL DE SOUZA / AFP)

Jair Bolsonaro est un admirateur assumé de Donald Trump, à qui il a rendu visite à l’occasion de son tout premier déplacement à l’étranger de son mandat.

Jusqu’à présent, les Etats-Unis et le Guatemala sont les seuls pays à avoir relocalisé leur ambassade à Jérusalem. Le Paraguay avait déplacé la sienne dans la Ville sainte l’année dernière mais l’a depuis réinstallée à Tel Aviv.

Le Premier ministre israélien avait rendu visite à Jair Bolsonaro à Rio de Janeiro au mois de décembre, disant aux journalistes à cette occasion que « Bolsonaro a dit que la question n’était pas de savoir si l’ambassade serait transférée, mais quand. »

Au début du mois, la vice-ministre aux Affaires étrangères israélienne Tzipi Hotovely avait confié au Times of Israel que « nous n’avons pas connaissance d’un changement de position du président. Nous voulons vraiment qu’il fasse une déclaration au cours de sa prochaine visite ».

Pourtant, Jair Bolsonaro a laissé entendre jeudi qu’il n’annoncerait pas sa décision lors de sa visite en Israël.

Le président américain « Donald Trump a mis neuf mois à décider et donner son dernier mot au sujet du transfert de l’ambassade » américaine de Tel Aviv à Jérusalem, a souligné le chef de l’Etat brésilien lors d’une cérémonie militaire à Brasilia.

« Peut-être que nous installerons prochainement une mission économique à Jérusalem, » a-t-il ajouté.

Objet de tensions perpétuelles, le statut de Jérusalem est une question épineuse au cœur du conflit israélo-palestinien. Israël considère toute la ville comme sa capitale, alors que les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

La majeure partie de la communauté internationale veut que le statut final de Jérusalem soit négocié par Palestiniens et Israéliens, et que les ambassades ne s’y installent pas tant qu’un accord n’aura pas été trouvé.

Le séjour de Bolsonaro survient dix jours avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes, et alors que Netanyahu tente d’exhiber ses prouesses diplomatiques.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, est accueilli par le président brésilien élu Jair Bolsonaro au fort de Copacabana, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 décembre 2018 (Crédit : Leo CORREA / POOL / AFP)

La semaine dernière, le Premier ministre était présent lors de la signature par Trump d’une déclaration reconnaissant la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan – le premier pays à le faire depuis l’annexion effective du territoire par l’Etat juif il y a 35 ans. Cette initiative a été largement considérée comme une tentative de dynamiser la candidature électorale du Premier ministre en exercice.

Le dernier président brésilien à s’être rendu en Israël est Luiz Inacio Lula da Silva, en 2010. Les responsables israéliens avaient alors reproché à Lula d’avoir déposé une gerbe sur le tombeau de Yasser Arafat mais d’avoir refusé de se rendre sur la tombe de Theodor Herzl.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, à gauche, serre la main de Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, durant une cérémonie à son arrivée au siège de l’Autorité palestinienne à Bethléem, en Cisjordanie, le 16 mars 2010 (Crédit : AP Photo/Musa al-Shaer, pool)

Bolsonaro n’a pas prévu d’aller à Ramallah ni de rencontrer des responsables palestiniens pendant son séjour.

A Jérusalem, il devrait rencontrer Netanyahu et le président Reuven Rivlin et visiter le mémorial de la Shoah de Yad Vashem. Il devrait également rencontrer le Commandement intérieur et remettre un prix à la délégation israélienne ayant participé aux opérations de secours après l’effondrement du barrage de Brumadinho au Brésil, au mois de janvier, qui a fait 206 morts.

Il assistera en compagnie de Netanyahu à un sommet d’innovation Israël-Brésil qui rassemblera d’éminentes personnalités du monde des affaires des deux pays. Le nouveau président brésilien visitera aussi les bureaux de Mobileye, une entreprise de conduite autonome de Jérusalem qui a été rachetée en 2017 par Intel.

Source: Times of Israël

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