Un champignon parasite décime les amphibiens du monde entier

Les amphibiens ont perdu près de 6,5 % de leur biodiversité. La cause ? Un champignon microscopique responsable d’une maladie infectieuse, létale pour ces animaux. 

Les scientifiques ont estimé à 90 le nombre d’espèces dans le monde à avoir disparu des suites d’une infection à Batrachochytrium dendrobatidis. Au moins 491 autres ont également décliné, dont 124 espèces ayant perdu près de 90 % de leur biodiversité.
PHOTOGRAPHIE DE ABDESIGN, GETTY IMAGES VIA ISTOCK

Batrachochytrium dendrobatidis est une espèce de champignon parasite, aquatique et microscopique, de la famille des chytrides. Découvert dans les années 80, il est originaire d’Asie mais la maladie dont il est responsable s’est propagée à travers le monde ; les premiers cas avérés de chytridiomycose ont été recensés dans les forêts humides et tropicales d’Australie et en Amérique Centrale en 1998. Les crapauds arlequins colorés, entre autres, disparaissaient alors que leur habitat, lui, demeurait parfaitement intact. Aujourd’hui, les infections touchent également l’Asie et l’Europe.

BATRACHOCHYTRIUM DENDROBATIDIS, TUEUR FONGIQUE

Batrachochytrium dendrobatidis prolifère dans l’eau sous forme de spores et se répand soit au contact d’une grenouille avec ses congénères, soit en se déplaçant dans l’eau « comme de petits spermatozoïdes qui vont s’accrocher sur la peau des grenouilles » précise Sylvain Dubey, chercheur au département Ecologie et Évolution de l’Université de Lausanne. La peau des batraciens leur est indispensable pour respirer. Le champignon, une fois accroché à la peau de sa victime, va la ronger et provoquer suffocations et crises cardiaques.

Deux dendrobates bleues, « Dendrobates azureus », se font face à Reptile Gardens, dans le Dakota du Sud. Ces animaux émettent des toxines par leur peau, des substances désagréables et potentiellement mortelles pour les prédateurs.
PHOTOGRAPHIE DE JOEL SARTORE, NATIONAL GEOGRAPHIC ARK

Ce parasite infecte exclusivement grenouilles, tritons et salamandres. « Il est spécifique des amphibiens. Il consomme de la kératine et se retrouve donc sur l’épiderme des adultes et le bec corné des têtards » précise Claude Miaud, chercheur au CNRS au Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive. Il est impliqué dans une étude du Batrachochytrium dendrobatidis, qui a éliminé à lui-seul plus d’espèces que n’importe quelle autre maladie.

Cependant, Batrachochytrium dendrobatidis n’infecte pas toutes les espèces d’amphibiens. « La maladie infectieuse est un ménage à trois : le champignon, l’hôte et l’environnement » nous indique le chercheur. « Le champignon peut présenter des lignées plus ou moins virulente, l’hôte peut présenter des capacités de résistance différentes selon les espèces, comme la possibilité d’empêcher la prolifération du pathogène grâce à son microbiome cutané ou de résister à l’infection grâce à un système immunitaire performant. Enfin, l’environnement peut aggraver le pathogène, comme la pollution, ou le limiter grâce aux planctons par exemple ».

UNE HÉCATOMBE PLANÉTAIRE

Les scientifiques ont estimé à 90 le nombre d’espèces dans le monde à avoir disparu des suites d’une infection à Batrachochytrium dendrobatidis. 501 espèces en tout ont décliné, dont 124 ayant perdu 90 % de leur biodiversité selon une étude publiée dans la revue Science. Les plus grosses pertes reliées à la chrytridiomycose ont été recensées en Australie et en Amérique centrale dans les années 80, date de la découverte du champignon. Les amphibiens de plus grosse taille sont ceux qui ont le plus souffert, de même pour ceux vivant dans des habitats plus confinés. Actuellement, seul un quart des espèces commence à se remettre de cette épidémie généralisée.

Que faire ? Si ce champignon est présent dans la nature depuis longtemps et de façon naturelle, il n’y a aucune raison de l’éradiquer, comme le confirme Claude Miaud. « Il fait partie de la biodiversité et l’hôte et le parasite évoluent ensemble. Le réel problème apparaît quand un parasite ou une lignée est introduite dans une communauté d’amphibiens qui est en dehors de son aire de répartition naturelle » précise le chercheur. Pour lui, il faut surtout empêcher ces déplacements de lignées potentiellement pathogènes. En effet, Batrachochytrium dendrobatidis et certaines variantes mutantes de ce champignon se sont répandues dans le monde entier par le biais du commerce des espèces sauvages et sont entrés en contact avec des espèces dites « immunitairement naïves » à ce pathogène, donc extrêmement vulnérables.

En Europe du Nord, un dérivé du chytride appelé Batrachochytrium Salamandivorans s’attaque aux salamandres. « Pour la France seulement quelques lacs des Pyrénées isolés présentent des populations d’amphibiens avec des mortalités causées par ce champignon » ajoute Claude Miaud. Bien qu’une seule espèce en Europe ait été touchée jusqu’à présent, des expériences ont montré que beaucoup d’autres seraient vulnérables si elle se propageait.

Cette illustration représente la façon dont une grenouille aurait pu être prise au piège dans la résine d’un arbre, qui a ensuite créé de l’ambre.
PHOTOGRAPHIE DE DAMIR G MARTIN

Des scientifiques australiens ont indiqué que « le pire [était] déjà passé », on a perdu les espèces les plus fragiles. Cependant, comme plusieurs espèces de ce champignon existent, « on n’est pas à l’abri qu’un autre champignon apparaisse et tue d’autres espèces d’amphibiens ». Pour contrer cela, les chercheurs ont lancé un programme de réintroduction d’espèces et appellent à une réglementation du commerce des espèces sauvages et à un renforcement de la biosécurité aux frontières.

Source: National Geographic

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