Génocide au Rwanda: des historiens pour se pencher sur le rôle de la France

Un comité d’historiens va être mis en place pour étudier les archives françaises sur le génocide au Rwanda, et ce à quelques jours des commémorations des événements de 1994. Le président Emmanuel Macron a reçu, ce vendredi 5 avril au matin à l’Elysée, des représentants d’une association de soutien aux rescapés.

Une patrouille de militaires français dépasse des troupes hutues rwandaises, le 27 juin 1994, près de Gisenyi, à l’ouest du Rwanda. © AFP PHOTO / PASCAL GUYOT

Le chef de l’État a tout d’abord annoncé la mise sur pied d’une commission pour étudier le rôle et l’engagement de la France durant le génocide. Une commission composée d’historiens et de chercheurs qui auront accès à l’ensemble des archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994. Il s’agit d’une promesse faite par Emmanuel Macron à l’issue d’une rencontre avec son homologue rwandais, Paul Kagame, l’année dernière.

Placé sous le l’égide du professeur Vincent Duclert, spécialiste de l’enseignement des génocides ; cette commission aura accès à l’ensemble des archives françaises, diplomatiques et militaires sur le Rwanda entre 1990 et 94. Parmi les chercheurs, des spécialistes de la Shoah, du génocide arménien, des questions militaires mais aucun spécialiste du Rwanda.

Pour le président de l’association des rescapés en France, Marcel Kabanda, il s’agit d’un premier pas vers la vérité. « Dans cette commission, il n’y a pas d’historiens spécialistes du Rwanda mais je pense que la manière dont il la voit c’est aussi qu’il y ait suffisamment preuve de neutralité. Ne pas être du Rwanda n’empêche pas de travailler sur le Rwanda. »

Le choix de ne pas inclure de spécialiste du Rwanda a fait débat. À l’Élysée, on explique dit qu’il s’agit d’un choix méthodologique pour éviter justement de reproduire les blocages et les thèses qui s’affrontent depuis 25 ans.

Archives fermées au public

Ces archives ne seront toutefois pas ouvertes au public mais uniquement aux chercheurs de cette commission qui devront remettre leur rapport dans un délai de deux ans. Ce que regrette Julien Allaire, de l’association Survie.

« On peut imaginer que [les membres de la Commission] fassent leur travail en toute indépendance, mais [les archives] ne seront pas déclassifiées pour autant, déclare-t-il au micro de RFI. Il n’y aura pas la possibilité pour tout un chacun, y compris les chercheurs, d’accéder à ces documents et de pouvoir faire une analyse peut-être différente. C’est somme toute délicat parce que, pour la mission d’information parlementaire typiquement, il y a eu un accès à des documents qui n’ont pas été publiés en même temps que le rapport. Ça laisse une certaine suspicion par rapport au travail réalisé. »

« L’inquiétude, par ailleurs, poursuit-il, c’est que certains documents, qui seraient particulièrement probants sur les questions de complicité, ne puissent pas être utilisés par la justice, et particulièrement le parquet, qui pourraient se saisir de ces éléments pour entamer des procédures judiciaires. »

Le rôle de la France dans le génocide au cœur d’une polémique

Le chef de l’État français a également annoncé que les moyens, notamment judiciaires pour poursuivre les génocidaires présumés en France, allaient être renforcés. Le rôle de la France avant et pendant le génocide est l’objet d’une polémique depuis vingt-cinq ans, le régime à Kigali accusant Paris d’avoir assisté les génocidaires matériellement et militairement.

Si l’association des rescapés du génocide rwandais Ibuka estime que « c’est une ouverture, un premier pas »ses membres comptent bien rester vigilants. « C’est la première fois que nous sommes reçus par un président français. Mais nous avons souvent été déçus, trahis. Nous allons suivre de très près le travail de cette commission. »

Source: RFI

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