Analyse: Netanyahou, le dernier combat

Netanyahou depuis 10 ans parle uniquement à sa base et à la droite israélienne.

Depuis plus de 10 ans Netanyahou règne sans partage, et c’est parce qu’à chaque fois il a eu un coup d’avance. 

Lorsqu’il est élu de justesse en 1996, pour la première fois il n’est toutefois pas du tout en position de force. Mais son refus radical de tout accord de paix avec Arafat, et la vague sanglante d’attentats terroristes ont réussi à atténué sa virulente opposition à Rabin avant son assassinat et pris le dessus sur les accusations d’incitation à la haine de la gauche qui le poursuivent jusqu’à aujourd’hui. 

Pourtant la pression américaine le poussera à poursuivre les accords de paix tant récriés, à céder Hévron aux Palestiniens, et malgré ses reformes économiques ambitieuses et une lutte efficace contre le terrorisme, le soutien de sa base est affaibli et il perdra largement contre Barak seulement 3 ans plus tard. 

Netanyahou a depuis tiré les leçons de ce mandat où il n’a laissé à personne de glorieux souvenirs. Sa lente reconquête se fera avant tout en consolidant sa base, en unifiant le Likoud abandonné par Sharon autour de sa propre personne, quitte à décapiter toute ambition trop affirmée au sein de son propre parti. Shaked Benett, Saar, Kahlon, tous ses lieutenants qui refusent de lui vouer une déférence absolue et de consentir à l’effacement de leur carrière politique se sont tous résignés à partir ou attendre son départ volontaire.

Netanyahou depuis 10 ans parle uniquement à sa base et à la droite israélienne et a renonçé à séduire un public plus large. Il y a associé un large travail de sape des médias israéliens, de la justice et même de la police, pour que la seule version des faits acceptable soit la sienne.

Une stratégie clivante mais jusqu’à présent payante. 

Dans son discours diplomatique aussi, qu’il s’agisse de l’Iran ou du dossier palestinien, Netanyahou a choisi la ligne dure. 

Celle du refus d’un accord nucléaire avec un ennemi faisant peser selon lui une menace existentielle sur Israël – une définition que ne partage pas la gauche et une bonne partie de l’échelon militaire israélien –

Celle du refus de la reprise des négociations avec Abbas, dont l’incapacité à se réconcilier avec Gaza en a fait pour la droite un acteur décrédibilisé.

Aux Israéliens, Netanyahou a montré que la sécurité est pour lui un préalable à la paix là où elle est pour la gauche impossible à obtenir sans accord définitif avec les Palestiniens. 

À la communauté internationale il a montré qu’il était prêt à assumer l’isolement diplomatique, et à se tourner vers des alliances plus instables avec le monde sunnite plutôt que de consentir à de nouvelles concessions. 

Pourtant face à la fermeté des positions affichées, et une stratégie interne quasi dictatoriale, le pragmatisme l’a parfois poussé à des gestes et des paroles surprenantes. Le discours de Bar Ilan où il se soumet à l’idée d’un Etat palestinien sous la pression de l’administration Obama montre que parfois même Bibi ne peut pas dire Non. 

Une phrase prononcée une fois mais pas assimilée comme un engagement politique. 

D’ailleurs la notion d’Etat palestinien n’apparait jamais dans la charte et le programme du Likoud. Ni pour l’appeler de ses voeux ni pour le rejeter en bloc. Ni avant, ni après ce discours. 

On y trouve la profession de foi de Netanyahou pour un libéralisme économique, qu’il modère toutefois après 1999. Ses dures reformes utiles mais mal acceptées par les classes moyennes qui les subissent de plein fouet ont alors éveillé chez lui un modeste programme social.

On y trouve l’Iran comme la menace numéro un pesant sur Israël et une priorité devant le dossier Israélo-Palestinien . 

Quant à la paix avec les si proches voisins elle n’est pas abordée comme un objectif, mais plutôt comme un dossier gênant nécessitant une gestion stricte et sans concession. 

Le Likoud refuse tout retrait unilatéral depuis l’exemple jugé désastreux de Gaza, refuse toute évacuation d’implantation juive, refuse toute concession sur Jérusalem, capitale unifiée d’Israël.

Pour le Likoud, et Netanyahou un accord de paix avec les Palestiniens n’est pas une nécessité mais une contrainte à laquelle, en fonction de l’évolution de la situation diplomatique, il faut trouver une réponse politiquement correcte pour repousser les échéances encore et encore jusqu’à les rendre irréalistes.

Ces textes et ces engagements du Likoud existent depuis de longues années, mais rarement on y aura si peu fait appel qu’au cours de ces élections.

Sans doute parce que le retrait américain de l’accord avec l’Iran, la reconnaissance de Jérusalem par Trump, et le développement de bonne relations avec de nombreux pays musulmans, sont des succès brandis comme des accomplissements qui valent mieux que toute promesse électorale.  

Netanyahou compte évidemment sur ce bilan pour gagner mais il mène surtout cette campagne comme une bataille très personnelle et tient même ses plus proches ministres en retrait.

L’ultra personnalisation de cette campagne a crée des divisions dans son camp, tout comme l’ultra concentration des pouvoirs exercée ces dernières années. Mais l’importance de son impact est encore difficilement perceptible. 

Au-delà de ses casseroles judiciaires – qui ne s’effaceront d’ailleurs pas si il est élu – au delà de son bilan admirable pour la droite et difficile à rejeter en bloc même a gauche, Netanyahou a montre en 13 ans de pouvoir qu’il était certes un politicien retors, mais aussi qu’il avait une vision pour son pays. 

Les Israéliens vont a présent décider si le temps est venu de l’alternance où s’ils veulent encore voir, jusqu’où ira Netanyahou. 

Source: i24 News

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