Comment Poutine verrouille internet en Russie

En mars 2019, le site TechCrunch parlait de l’avènement prochain du «splinternet», un monde où le réseau des réseaux ne serait plus global, universel et libre, mais fragmenté en zones plus ou moins contrôlées par les censures techniques imposées par les gouvernements autoritaires.

Vladimir Poutine, dont le goût pour la liberté populaire semble plutôt limité, fait semble-t-il partie des leaders mondiaux que l’ouverture théorique d’internet au monde inquiète.

Test de déconnexion

En février, le Kremlin annonçait vouloir déconnecter la Russie du reste du globe pour simuler une cyberguerre totale, comme le rapportait ZDNet. Techniquement, le plan était de rediriger les flux vers des nœuds intégralement contrôlés par Moscou. Une manière de tester une forme d’indépendance totale du «Runet», la sphère russophone du réseau.

L’opération devait servir de galop d’essai avant la promulgation d’une loi, récemment votée par la chambre basse du pays, la Douma. Selon le texte, qui doit encore passer devant la chambre haute puis être signée par Vladimir Poutine, les fournisseurs d’accès russes auront l’obligation d’installer des serveurs dans le pays, par lesquel devra transiter l’intégralité du trafic généré par les internautes russes.

Bien sûr, on pourrait parler en l’espèce de cybersouveraineté ou de cybersécurité. Mais dans les faits, une telle mesure offrirait à la Russie un contrôle total de ce qui transite sur les réseaux à l’intérieur de ses frontières, à l’image de ce qu’a réussi la Chine avec son très officiel Grand Firewall.

Mise en boîte des libertés

Tout comme le bloquage en 2018 de la messagerie cryptée Telegram, la loi contre les fake news signée en mars par Vladimir Poutine montrait déjà la voie, et ce que dessine le gouvernement russe n’est pas vraiment le chemin de la liberté.

Cette loi permet au parquet russe de censurer, avant même l’intervention de la justice, quiconque se rendrait responsable d’un «flagrant manque de respect de la société, du gouvernement, des symboles officiels, de la constitution ou des corps de l’État russe» –soit à peu près tout qui pourrait déplaire au pouvoir en place.

Contrôler à la fois les tuyaux et ce qui y transite: nous sommes déjà bien au-delà de la question de la souveraineté numérique ou de la sécurité nationale; il s’agit là d’une véritable mise en boîte des libertés publiques et individuelles.

La population européenne serait peut-être bien avisée de surveiller ce qui se passe à l’est: les récentes explorations des instances de l’UE en matière de lutte contre les contenus terroristes en ligne semblent ratisser un peu trop large pour être tout à fait acceptables.

Source: Korii

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