Algérie: Il insiste sur la tenue d’une présidentielle avant d’appeler au dialogue – Gaïd Salah entretient le flou sur les intentions de l’armée

Le chef d’état-major de l’ANP entretient le flou autour des intentions de l’armée concernant la crise politique actuelle. Alors que l’impasse est totale, Ahmed Gaïd Salah donne l’impression de vouloir continuer à manœuvrer pour… imposer une feuille de route rejetée par le mouvement populaire.

Comme ce fut le cas la semaine dernière, le premier militaire du pays est revenu, cette fois-ci encore, avec deux discours, qualifiés par les observateurs de «contradictoires».

En visite depuis lundi dernier à la 5e Région militaire, il s’est «sacrifié» à ce qui est devenu, depuis le début de la révolution populaire, un rituel : donner l’avis, voire les recommandations, du haut commandement de l’armée pour une sortie de crise.

En effet, dans son premier discours, prononcé mardi dernier, le vice-ministre de la Défense a fait un virage à 180 degrés. Il ignore carrément «les solutions possibles» évoquées le 24 avril dernier et plaide pour la tenue d’«une présidentielle dans les meilleurs délais».

«Dans cette optique et dans le respect de la Constitution et des institutions de l’Etat, il nous incombe d’œuvrer à réunir les conditions idoines pour l’organisation d’une élection présidentielle le plus tôt possible, du fait qu’elle constitue la solution idéale pour sortir de la crise, faire face à toutes les menaces et tous les dangers qui guettent notre pays et déjouer les desseins hostiles visant à nous mener vers le vide constitutionnel et entraîner le pays dans les spirales de l’anarchie et la déstabilisation», lance-t-il.

Selon lui, «ce mécanisme constitutionnel permettra d’élire un président de la République ayant la légitimité et les prérogatives pour concrétiser le reste des revendications populaires légitimes et constitue la règle de base pour que notre pays reprenne le cours du développement et de l’édification».

«Dialogue avec les institutions de l’État»

Moins de 24 heures après, Ahmed Gaïd Salah prononce un nouveau discours, dont le texte est diffusé sur le site du MDN, pour prôner, cette fois-ci, le «dialogue avec les institutions de l’Etat». «(…) Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’Etat est l’unique moyen pour sortir de la crise, étant conscient que le dialogue est l’un des moyens les plus civilisés et les plus nobles dans les relations humaines et la voie la plus judicieuse pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles», précise-t-il.

Le chef d’état-major de l’ANP se félicite, dans la foulée, de «l’adhésion de nombreuses personnalités et partis à l’idée de l’importance d’adopter le principe de dialogue, qui doit aboutir à des mécanismes raisonnables de sortie de crise». «C’est là une position qui leur sera reconnue durant cette phase, où l’intérêt de la nation doit être le dénominateur commun entre toutes les parties», ajoute-t-il.

Dénonçant à nouveau «des parties aux intentions malveillantes», sans toutefois les citer, Ahmed Gaïd Salah estime aussi le peuple a accepté «ses propositions». «L’ensemble des dispositions jusque-là prises a suscité un consensus national que nous avons perçu à travers les slogans scandés lors des marches dans les différentes wilayas du pays, à l’exception de certaines parties qui rejettent toutes les initiatives proposées et œuvrent à semer les graines de la discorde en conformité avec leurs intérêts étroits et ceux de leurs commanditaires», dit-il, alors que les manifestations réclamant le départ de tout le système et de ses représentants se poursuivent dans tout le pays.

«Le MDN détient des dossiers de corruption»

«Ces parties aux intentions malveillantes ont été démasquées et dénoncées par les différentes franges du peuple, qui ont fait preuve d’une conscience nationale exceptionnelle et authentique, dans la mesure où elles ont rejeté leurs thèses visant à porter atteinte à la crédibilité et aux efforts des institutions de l’Etat à dégager et trouver des sorties de crise pacifiques», indique-t-il.

Le chef d’état-major de l’ANP est revenu aussi, dans son discours de mardi dernier, sur la justice et la lutte contre la corruption.

Alors que des juristes et des politiques mettent en garde contre toute interférence dans le travail des juges, Ahmed Gaïd Salah persiste et signe.

Après avoir annoncé que le MDN détient des «dossiers lourds de corruption», il appelle au traitement de toutes les affaires sans délai. «Nous insistons également sur la nécessité d’éviter tout retard dans le traitement de ces dossiers, sous le prétexte de révision des procédures légales, laquelle requiert beaucoup de temps, ce qui donne la possibilité à certains d’échapper à la justice», recommande Gaïd Salah.

Source: El Watan

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