L’Europe teste un nouveau système de défense contre les astéroïdes

En coordination avec la NASA, l’agence spatiale européenne (ESA) travaille sur un système de déviation d’astéroïdes. Un premier test grandeur nature est prévu pour 2022 sur le géocroiseur Didymos. 

L’impacteur DART tentera de faire dévier la lune Didymoon de son orbite autour de Didymos en s’écrasant à une vitesse de 6 km/s à sa surface.

Notre planète est régulièrement la cible d’astéroïdes. Preuves en sont les nombreux cratères présents à sa surface. Pour s’en protéger, l’ESA et la NASA prévoient d’envoyer en 2022 un impacteur nommé DART (Double Asteroid Redirect Test), pesant 550 kg, sur l’astéroïde Didymos et sa petite lune Didymoon découverts en 1996 par Spacewatch à l’observatoire de Kitt Peak. Une mission articulée autour de deux phases nommée AIDA (Asteroid Impact & Deflection Assessment), qui aura pour objectif d’évaluer la possibilité de dévier les futurs astéroïdes prenant la direction de la Terre et ainsi d’éviter toute collision.

AIDA/HERA : TEST GRANDEUR NATURE

Didymos est un géocroiseur ; ce corps du système solaire orbite autour du Soleil avec sa lune, pouvant l’amener à naviguer à proximité de notre planète. En novembre 2003, il est ainsi passé à moins de 0,05 UA de la Terre. Cette caractéristique en fait un candidat de tout premier choix ; même s’il ne présente pour l’instant aucun risque d’impact avec notre planète, « il va de nouveau passer près de la Terre en 2022 » affirme Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des astéroïdes à l’Observatoire de Côte d’Azur.

La cible de la première phase de cette mission est sa petite lune Didymoon, dont la masse ne représente que 1 % de celle du géocroiseur. L’impacteur DART tentera de faire dévier Didymoon de son orbite autour de Didymos en s’écrasant à une vitesse de 6 km/s à sa surface. « L’impact de DART va modifier la période orbitale de Didymoon autour de Didymos, ce qu’on va mesurer depuis la Terre. Du fait de la toute petite masse de cette lune, ce changement de période orbitale ne va pas induire de déviation de trajectoire de l’astéroïde double [Didymos et Didymoon] mais seulement celle de la lune autour de son corps central. Ceci évite le risque d’un impact de Didymos avec la Terre » ajoute Patrick Michel. 

En 2026, lors de la seconde partie de la mission, la sonde Hera rendra visite au système et explorera le résultat de l’impact en mesurant la masse de la lune et les propriétés détaillées du cratère au centimètre près, ainsi que la structure de sous-surface.

UN IMPACT SIMILAIRE À CELUI SUR RYUGU

« Si DART est un succès, on saura qu’on est capables de viser un objet dont on a aucune connaissance de la forme à 6 km/s et qu’on est capables de dévier un corps de cette taille-là, de l’ordre de la centaine de mètres » affirme Patrick Michel. La déviation d’un corps plus gros nécessitera une plus grande quantité d’énergie, en jouant sur la vitesse du projectile ou sa masse. « Quand on s’approche du kilomètre en taille, l’énergie qu’il faut est bien plus élevée que celle d’un projectile passif qu’on pourrait envoyer, donc il faudrait envisager une technique non pacifique comme le nucléaire » ajoute le chercheur.

La mission AIDA rappelle une mission menée par l’agence spatiale japonaise, la JAXA : la mission Hayabusa2, sur laquelle Patrick Michel occupe un poste de scientifique interdisciplinaire. Lancée en 2012, la sonde japonaise a lancé le 5 avril dernier un impacteur baptisé Small Carry-On Impactor (SCI) sur l’astéroïde Ryugu, qui fait 900 mètres de diamètre. SCI transportait une charge explosive qui a propulsé un projectile de cuivre de près de 2,5 kg à une vitesse d’environ 2 km/s à sa surface, créant un cratère. L’objectif de cette mission est de récupérer différents matériaux afin de les ramener sur terre pour une analyse détaillée. Mise en sécurité de l’autre côté de l’astéroïde, la sonde a pu observer le 25 avril dernier le site d’impact.

« Le fait d’avoir des données issues de SCI et Hera sur la taille des cratères dans deux régimes de vitesse d’impact différents nous permettra de recueillir des informations cruciales. De plus, DART et Hera tireront parti de l’expérience d’impact Hayabusa2 et aideront à combler nos lacunes dans le domaine de la déflection d’astéroïdes ; elles pourront nous amener à un point où une telle méthode pourrait être utilisée pour de vrai » conclut le chercheur.

Source: National Geographic

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