Le service de sécurité de Macron menace des journalistes français de peines de prison et d’amendes

Selon l’AFP, la France a fait monter la pression sur les journalistes qui dénoncent les agissements du gouvernement.

La dernière en date, Ariane Chemin, journaliste pour Le Monde, a été interrogée par les services de sécurité français pendant près de 45 minutes après avoir refusé de révéler ses sources pour un rapport dénonçant la corruption et le copinage présumés au sein du cercle restreint du président Emmanuel Macron.

“Ils m’ont posé beaucoup de questions sur la manière dont j’ai vérifié mes informations, ce qui était une façon indirecte de me poser des questions sur mes sources”, a dit Chemin – qui a écrit une série d’articles sur l’ancien garde du corps de Macron, Alexandre Benalla, qui a été licencié après la vidéo montrant Benalla en train de brutaliser un manifestant. L’incident et les rapports continus d’Ariane Chemin ont entraîné une vague de démissions de la part de représentants du gouvernement.

Selon l’AFP, le directeur général du journal Le Monde, Louis Dreyfus, a également été interrogé mercredi par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). “Tout est fait pour intimider”, a écrit Dreyfus dans un éditorial décrivant son propre interrogatoire à la DGSI.

“J’ai expliqué que je n’avais jamais lu les articles avant leur publication et que je n’étais pas censé le faire. Et ils n’arrêtaient pas de me dire que l’infraction était passible de cinq ans de prison et d’une amende de 75 000 euros.”

Au total, les services secrets français ont convoqué huit journalistes qui ont publié des articles négatifs sur le gouvernement, y compris des armes françaises vendues à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis utilisées pendant la guerre civile au Yémen. Outre Ariane Chemin, Geoffrey Livolsi, Mathias Destal et Michel Despratx du site d’investigation Disclose, Benoît Collombat de France Inter et Valentine Oberti du journal télévisé Quotidien ainsi qu’un cameraman et un technicien du son Quotidien sont également impliqués, selon Reporters sans frontières.

La DGSI a interrogé les journalistes de Disclose au début du mois, les menaçant de cinq ans de prison en vertu d’une loi de 2009 interdisant les “attaques contre les secrets de la défense nationale” suite à la publication d’un document classifié suggérant que le gouvernement français avait volontairement enfreint un traité sur les armes de 2014.

“Nous craignons que les autorités n’utilisent ces convocations pour tenter d’intimider les journalistes et leurs organes de presse et d’identifier leurs sources afin de les punir ou de les dissuader”, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général du RSH.

“Le journalisme d’investigation est aujourd’hui en danger en France parce qu’il est attaqué et, en particulier, menacé de poursuites judiciaires. Si la confidentialité des sources des journalistes n’est pas garantie dans un pays, si elle est compromise par de telles actions, ses citoyens seront privés de leur droit à l’information non officielle. Nous demandons au gouvernement d’expliquer les tentatives apparentes d’intimidation des médias de la part de l’agence nationale de renseignement.”

En réponse à ces enquêtes, le syndicat SNJ-CGT a appelé mercredi à une manifestation devant le siège de la DGSI “pour soutenir les journalistes convoqués par l’Etat français en violation de la loi sur la liberté de la presse”.

Pas une menace ?

La ministre française de la Justice, Nicole Belloubet, a déclaré mercredi au Sénat français que l’assignation ne devait “en aucun cas être considérée comme une tentative d’intimidation ou une menace” et que l’assignation d’Ariane Chemin faisait simplement partie d’une enquête préliminaire suite à une plainte déposée par un membre des forces spéciales dont le journal avait révélé l’identité.

“Des journalistes de 37 médias français, dont l’Agence France-Presse, le journal Le Figaro, France 2 TV et Mediapart, ont signé une déclaration soutenant les journalistes interrogés sur la controverse au Yémen, affirmant qu’ils ne faisaient “que leur travail”. –AFP

Disclose a poursuivi ses rapports sur le Yémen, affirmant qu’une cargaison de munitions pour les canons César français serait chargée sur un navire saoudien via un port méditerranéen.

L’année dernière, la France a adopté une loi autorisant le gouvernement à fermer toute agence de presse pendant quatre mois avant une élection si elle pouvait être considérée “sous influence étrangère”.

Source: Zero Hedge

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