L’Iran devrait quitter le traité sur le nucléaire, selon un responsable iranien

Le chef de l’institut de recherche atomique iranien a déclaré que l’accord de 2015 devait être renégocié, qualifiant à plusieurs reprises de « cafards » les agents de l’AIEA.

Mohammad-Javad Larijani, chef de l’Institut de recherche en sciences fondamentales (Capture d’écran : MEMRI)

Le chef d’un institut universitaire iranien qui conduit des recherches nucléaires a appelé la République islamique à se retirer du traité de non-prolifération nucléaire et à renégocier les termes du JCPOA, l’accord conclu en 2015 entre l’Iran et les puissances mondiales, qualifiant de surcroît les inspecteurs internationaux de « cafards » de manière répétée.

Dans une interview diffusée sur la deuxième chaîne iranienne et traduite par le groupe de veille MEMRI (Middle East Media Research Institute), Mohammad-Javad Larijani, à la tête de l’Institut pour la recherche et les sciences fondamentales, a critiqué l’adhésion de l’Iran au TNP, le traité international visant à prévenir la propagation des armes nucléaires.

« Ca ne serait pas une mauvaise idée de suspendre notre engagement à la suite de toutes ces pressions et à le renégocier en partant de zéro », a expliqué Larijani dans l’entretien diffusé le 12 juin.

Larijani a également déploré des restrictions « injustes » imposées à l’Iran par l’accord sur le nucléaire signé en 2015 avec les Etats-Unis et d’autres puissances mondiales. Celui-ci lui interdit d’enrichir de l’uranium à un niveau élevé par crainte que le pays ne l’utilise pour fabriquer des armes atomiques – des restrictions, a-t-il souligné, qui ne sont pas imposées aux autres nations.

Ces propos surviennent dans un contexte de tensions accrues dans la région. Les Etats-Unis ont envoyé des navires de guerre et des bombardiers après que les services de renseignement occidentaux ont fait état de menaces à l’encontre des Américains et de leurs alliés dans le Golfe persique qui émaneraient de la République islamique.

Toutefois le chef de l’institut iranien s’est exprimé avant les attaques commises jeudi sur deux pétroliers dans le Golfe, que les Etats-Unis et d’autres pays ont attribuées à l’Iran. Téhéran a nié toute implication, mais les incidents ont placé les tensions à leur apogée.

Sur cette photo diffusée par le bureau de la présidence iranienne, le président Hassan Rouhani, à droite, et le directeur-général de l’Agence internationale de l’Energie atomique Yukiya Amano se serrent la main devant les médias avant leur rencontre au bureau du président de Téhéran, en Iran, le 18 décembre 2016 (Crédit : Présidence iranienne/AP)

En réaction aux initiatives prises par les Etats-Unis, Larinjani a expliqué que l’Iran devait cesser de coopérer avec l’Agence internationale pour l’énergie atomique, l’observatoire sur le nucléaire : « A mon sens, les cafards que nous avons dans ce pays sous la forme d’observateurs de l’AIEA et de ses inspecteurs – ce sera une insolence que de les voir entrer dans nos structures scientifiques ».

Sous les termes du TNP comme de l’accord sur le nucléaire signé en 2015, connu sous l’acronyme de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), l’Iran est dans l’obligation d’admettre des inspecteurs dans ses usines nucléaires pour qu’ils puissent s’assurer que ces dernières sont conformes aux exigences spécifiées par les traités.

Des inspecteurs de l’AIEA et des techniciens iraniens à la centrale nucléaire de Natanz, le 20 janvier 2014
(Crédit : Irna/AFP/Archives Kazem Ghane)

« N’autorisons pas (les inspecteurs de l’AIEA) en Iran », a continué Larijani, faisant l’équivalence entre les traités et « la chaîne que nous nous sommes enroulée autour des jambes avec nos propres mains ». Il a ajouté que malgré les deux traités, « nous n’avons jamais pris d’engagement international à fournir des informations. Absolument aucune ».

La semaine dernière, dans son rapport habituel, le directeur-général de l’AIEA, Yukiya Amano, n’a pas rapporté explicitement – pour la toute première fois depuis la signature du JCPOA – que l’Iran mettait en œuvre ses engagements relatifs au nucléaire. Il a précisé par ailleurs que le taux d’enrichissement de l’uranium avait augmenté au sein de la République islamique.

Larijani a déclaré que l’Iran avait le droit de faire des recherches sans restriction dans tous les domaines et notamment dans l’enrichissement au laser, appelant les limitations convenues dans les traités « la pire insulte faite à la science. Nous, les Iraniens, nous ne nous y conformerons pas ».

Même si l’Iran a convenu, en 2014, de suspendre l’enrichissement au laser, la technologie s’est révélée depuis comme étant un moyen « économique » pour « enrichir l’uranium de qualité militaire », a noté un article universitaire publié dans le Journal of Science & Global Security .

Larijani a également estimé que la République islamique ne devait pas se restreindre à de faibles niveaux d’enrichissement de l’uranium, ayant besoin parfois d’uranium enrichi à 90 % dans certains domaines de recherche. C’est le même degré de pureté qui est nécessaire pour l’armement atomique.

Photo d’illustration : Un ouvrier iranien dans la structure de conversion de l’uranium d’Isfahan, à 40 kilomètres au sud de Téhéran, au mois de janvier 2014 (Crédit : AP /Vahid Salemi)

Le haut responsable a par ailleurs clamé que les institutions iraniennes n’avaient aucune obligation de fournir des informations dans la mesure où l’accord de 2015 sur le nucléaire  » a été déchiré et piétiné par tous ceux qui font de fausses affirmations en demandant ensuite de reprendre des négociations », en référence aux propos récemment tenus par Trump qui avait précisé être ouvert à de nouveaux pourparlers concernant le JCPOA.

Même si l’Iran dit officiellement ne pas poursuivre l’arme nucléaire, ses responsables ont qualifié Israël de « cancer » de manière répétée, et les chefs militaires iraniens ont indiqué que leur objectif était « l’éradication » de l’Etat juif.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a constamment averti que l’Iran n’avait pas abandonné son ambition de se doter d’une arme nucléaire. L’année dernière, le Mossad s’était saisi d’innombrables documents issus, selon lui, des archives nucléaires iraniennes et qui, avait dit Netanyahu, étaient la preuve flagrante de ce que l’Iran avait menti au monde en affirmant que le pays ne cherchait pas à produire des armes nucléaires.

Netanyahu avait déclaré lors de l’Assemblée générale des Nations unies, au mois de septembre, que « la raison pour laquelle l’Iran n’a pas détruit ses entrepôts atomiques, c’est que le pays n’a pas abandonné son objectif de développer des armes nucléaires. En fait, l’Iran prévoit d’utiliser ces sites dans quelques années, lorsque le moment sera venu de développer la bombe atomique ».

Source: Times of Israël

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