Cosmétiques: de la beauté green au marketing de la peur

Pour rassurer les consommateurs et consommatrices, les industriels remplacent les ingrédients réputés nocifs par d’autres actifs dont les effets sont encore peu connus.

«Sans parabens. Sans sulfates. Sans silicones.» Pour rayer la mention inutile, encore faut-il s’y connaître. Depuis quelques temps les emballages de cosmétiques ont l’air de plus en plus savants. La liste des ingrédients qui ne figurent pas dans les produits prend parfois autant de place que celle de leurs composés.

Là où le bio blesse?

«Quand on interroge les consommateurs sur la raison pour laquelle ils achètent moins de produits hygiène-beauté, le premier motif invoqué est leur inquiétude relative à leur composition et à leur qualité», explique en mars 2019 au média conso LSA Emily Mayer, directrice insights et communication d’Iri France.

Le cabinet d’études de marché a pu observer que, dans les grandes et moyennes surfaces françaises la vente de ces produits a diminué de 1,8% en valeur et de 2,1% en volume en 2018.

«En trois ans, les ventes unitaires ont baissé de 6,3% soit 138 millions de produits en moins et le chiffre d’affaires a chuté de 6,7% soit une baisse de 470 millions d’euros», résume la communicante. Elle lie également cette baisse à un manque d’innovations de rupture: «Les grands groupes se sont concentrés sur des reformulations et des lancements de gamme bio.»

C’est là que le bio blesse. Face à la défiance des personnes qui consomment et à leur volonté de se tourner vers des produits plus naturels, les industriels de cosmétiques conventionnels tentent de refaire une beauté à leur formule d’ingrédients controversés.

À défaut d’être vraiment «green» (naturelle) cette tendance pour le «clean»(la composition propre) les amène à mettre en avant quels ingrédients «toxiques» ont été laissés sur le banc de douche.

Juger de la toxicité en soi d’un composé s’avère assez artificiel: tout dépend de sa concentration dans une formule, de son adéquation avec les autres principes actifs, de la zone et du contexte d’application. Un déodorant aux sels d’aluminium appliqué sur des aisselles fraîchement rasées peut être jugé nocif tandis qu’il pourrait se révéler d’une relative innocuité sur une peau saine.

L’Europe plus stricte que les États-Unis

Les conservateurs conventionnels peuvent aussi être jugés toxiques par définition puisque leur rôle consiste à empêcher la prolifération de bactéries indésirables. Parmi eux, les parabens font partie des plus efficaces en étant les moins irritants.

S’ils sont soupçonnés d’être cancérogènes, l’étude menée par la chercheuse britannique Philippa Darbre qui a mis en évidence la présence de parabens dans des biopsies de tumeur du sein a été fortement contestée.

On peut lire des étiquettes plus ou moins absurdes telles que des huiles “sans parabens” qui n’en ont jamais eu besoin puisqu’elles ne contiennent pas d’eau et s’autoconservent très bien.

BONNIE GARNER, EXPERTE EN COSMÉTIQUES

«Elle a pourtant bénéficié d’une diffusion très large auprès du grand public qui refuse désormais d’utiliser des produits contenant des parabens, rappelle Bonnie Garner, experte en cosmétiques sur son média spécialisébtyaly.comC’est malheureusement l’exemple parfait de la victoire de la parano et de la rumeur sur la réalité des faits.»

La diplômée de l’Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire (Isipca) complète: «Là où l’Europe bannit près de 1.500 ingrédients les États-Unis n’en interdisent que 30. C’est ce qui explique pourquoi cette tendance pour une beauté “non-toxique” prend tant d’ampleur outre-Atlantique et qu’elle contamine aujourd’hui le Vieux Continent. On peut lire des étiquettes plus ou moins absurdes telles que des huiles “sans parabens” qui n’en ont jamais eu besoin puisqu’elles ne contiennent pas d’eau et s’autoconservent très bien ou encore des après-shampoings “sans sulfates” alors qu’il s’agit d’agents moussants utilisés plutôt dans les shampoings.»

Angoisse globalisée

Si les produits vendus en France ne peuvent se revendiquer «non-toxiques», les États-Unis en font des caisses. Un phénomène qui alimente la paranoïa. Désormais tout le monde peut examiner d’un clic la liste des ingrédients qui figurent dans un produit (sans en connaître la concentration) grâce à des applications comme YukaClean Beauty ou encore Quelcosmetic (lancée par le magazine Que Choisir) en France; ou encore Hwahae en Corée du Sud.

«C’est le système de notation qui les intéresse en priorité, moins le fait de comprendre à quoi sert tel ingrédient dans la formule. Ces applications proposent une solution qui peut paraître simple –elle est plutôt simpliste à mon avis– pour répondre à cette peur», analyse Bonnie Garner.

«Au Moyen-Orient, cette tendance s’exprime moins par des applications que par un retour aux produits naturels DIYconstate celle qui observe avec précision l’évolution du marché mondial. Aux États-Unis, ce sont plutôt des collectifs d’activistes privés comme l’Environmental Working Group (EWG) qui ont tendance à beaucoup communiquer sur la toxicité de certains ingrédients et qui notent des produits sur des sites dédiés.»

«Ils ont un écho retentissant, ajoute la spécialiste. Surtout quand ils sont relayés par des personnalités comme Kourtney Kardashian au Congrès des États-Unis (qui en a profité pour mentionner au passage combien les cosmétiques de ses sœurs Kylie Jenner et Kim Kardashian étaient sûrs). De nombreuses marques se fondent sur leurs recommandations.»

Les industriels ont tout intérêt à remplacer les ingrédients décriés par des alternatives moins connues du grand public mais parfois plus irritantes ou dont on ne connaît pas encore forcément bien effets sur la santé.

Source: Korii

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There is one comment

  1. J-M DUFOUR

    Je ne crois pas au BIO étant donné que le BIO est cultivé sur les anciennes terres
    dont celles- ci sont gorgées de pesticides et d’engrais.

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