Les banques américaines en pénurie de liquidité

La Réserve fédérale américaine a injecté d’urgence 128 milliards de dollars dans le système financier du pays à cause d’une crise inattendue de liquidité: les demandes de prêt des banques à la Fed ont nettement augmenté.

Les créanciers continuent de se débarrasser de la dette publique américaine. La Russie a revu une fois de plus à la baisse ses placements dans les obligations américaines – jusqu’à 8,5 milliards de dollars. Selon les récentes informations du Trésor américain, depuis le printemps dernier les placements de Moscou dans les obligations ont été divisés par plus de 11.

Les perturbations sur le marché financier américain sont-elles le présage d’une nouvelle crise mondiale?

Le chaos sans raisons apparentes

Lundi 16 septembre, les demandes de banques pour des prêts à court terme à la Fed ont soudainement doublé, en passant de 27 milliards de dollars vendredi à 53,2 milliards de dollars. Ce qui a provoqué une hausse des taux d’intérêt de 2,29% à 4,75%.

Au cours des dernières 24 heures, les banques ont déposé des requêtes pour 80,05 milliards de dollars. Après quoi le taux d’intérêt a franchi la barre de 10%. Et vu que la limite des créances à court terme de la Fed est fixée à 75 milliards, les demandes pour 5 milliards de dollars n’ont pas été satisfaites.

Un autre indicateur clé, le taux des fonds fédéraux (avec lequel les banques prêtent à court terme les réserves excédentaires à d’autres banques), a dépassé pour la première fois l’intervalle fixé par la Fed à hauteur de 2,3% pour atteindre 2,35%.

Les dollars ne valaient pas autant ni en pleine crise de 2008, ni après l’éclatement de la bulle internet en 2002.

Afin de sauver le marché financier d’une paralysie définitive, la Reserve Federal Bank de New York a annoncé le rachat aux banques des actifs (les obligations publiques américaines, les obligations des agences fédérales et des engagements hypothécaires) pour 128 milliards de dollars. Suivi jeudi par une nouvelle vague d’assouplissement quantitatif – pour 75 milliards de dollars.

Si après cela les taux d’intérêt ne reviendront pas à la norme, la Fed n’aurait plus qu’une solution – lancer un programme d’envergure comme à l’époque de la crise mondiale de 2008.

Entre temps, mercredi, la Fed a réduit le taux directeur de 0,25% pour la deuxième fois cette année, sans pour autant annoncer un changement de sa politique attendu par les investisseurs. Le patron de la Fed Jerome Powell a seulement noté qu’il était «tout à fait possible que l’on soit obligé de relancer la croissance de l’équilibre organique plus tôt que prévu».

Il n’y a pas de fumée sans feu

Ni la Fed ni les analystes indépendants ne peuvent comprendre les raisons de cette crise soudaine.

«Si un déficit durable de la liquidité s’est formé, alors la Fed a perdu le contrôle du marché», constate la Bank of America. En d’autres termes, la crise financière est imminente.

En réalité, les signaux alarmants retentissaient depuis longtemps. En particulier, les acteurs du marché financier indiquaient que les réserves bancaires américaines diminuaient constamment depuis 2014.

Cette situation fait douter de plus en plus de la capacité de la Fed à contrôler l’expansion économique par la politique monétaire – la baisse du taux directeur pour soutenir l’économie et son hausse pour se prémunir d’une surchauffe du marché.

Les experts rappellent: c’est le marché de la liquidité à court terme qui a joué un rôle clé dans la dernière crise financière. Les investisseurs doutent de la fiabilité des actifs proposés à crédit. Tout avait précisément commencé par l’effondrement du système de créance à court terme. En voyant les pertes grandissantes de ces actifs, les investisseurs ne font plus confiance aux grandes banques.

Un sondage auprès des directeurs des plus grandes compagnies américaines mené par l’Université Duke a été publié mercredi. 53% des personnes interrogées s’attendent à une crise économique dans le pays avant la présidentielle de 2020.

Un déficit de mille milliards

Les acteurs du marché ont plusieurs versions sur l’épuisement soudain de la liquidité pour le financement à court terme. En particulier, ils disent que le déficit est apparu après le paiement par les entreprises des impôts trimestriels et la vente par le Trésor de nouvelles obligations pour des milliards de dollars.

L’instabilité a été aggravée par la hausse de l’écart entre les dépenses et les revenus du budget fédéral. Cette année, le déficit a dépassé 1.000 milliards de dollars, pour la première fois en sept ans.

Le déficit budgétaire est principalement comblé par la vente d’obligations publiques. Mais les désireux de financer l’économie américaine sont de moins en moins nombreux. Selon les informations officielles, la dette publique américaine avoisine 22.500 milliards de dollars (106% du PIB). Doutant de la solvabilité de Washington, les plus grands créanciers se débarrassent progressivement des «instruments les plus fiables et liquides du monde» – des obligations américaines.

Le trou de la dette

Une récente étude de la société américaine Alliance Berstein a jeté de l’huile sur le feu. En s’appuyant sur leurs propres méthodes les économistes de cette compagnie qui gère des actifs pour 586 milliards de dollars, ont calculé que la dette publique réelle des Etats-Unis atteignait 1832% de l’économie globale.

Il s’agit des obligations, de la dette financière et des engagements sociaux. Les estimations aussi sinistres ne font que saper davantage la confiance des investisseurs pour les obligations et montrent clairement que le défaut de paiement sur les titres du gouvernement américain et l’effondrement des marchés financiers mondiaux sont tout à fait envisageables.

Ce serait une véritable catastrophe, car les portefeuilles des plus grands créanciers des dettes américaines s’élèvent à des centaines de milliards de dollars. Le Japon en détient pour 1.131 milliards de dollars, la Chine – pour 1.100 milliards de dollars, le Royaume-Uni – 334,7 milliards de dollars. En 2010, la Russie en possédait pour 170 milliards de dollars.

Après l’adoption de sanctions par les Etats-Unis, depuis 2014 Moscou réduisait progressivement ses réserves d’actifs américains. Et au printemps 2018, après une nouvelle vague de sanctions, la Banque de Russie a procédé à une vente massive en divisant par deux son portefeuille d’obligations américaines – de 96,05 jusqu’à 48,724 milliards de dollars. A présent, il n’en reste pratiquement plus.

Source: Sputnik News