Quand le pasteur évangélique le plus célèbre en Scandinavie rejoint l’église catholique

Le pasteur Ulf EKMAN est suédois. Il a été durant de longues années le prédicateur évangélique le plus médiatique et le plus influent dans les pays scandinaves. Dans une longue interview, il explique son cheminement spirituel vers l’Eglise Catholique dont il est devenu membre récemment.

Ulf Ekman, initialement ordonné pasteur dans l’Eglise luthérienne de Suède, a fondé en 1983 une communauté fervente appelée Livets Ord, ce qui signifie « Parole de Vie ». Alors que l’Eglise nationale prenait des positions de plus en plus libérales, le pasteur Ekman concentrait son action autour de la Bible seule. En quelques années sa communauté évangélique réunissait 4000 personnes au culte du dimanche. Sa megachurch était celle qui rassemblait dans son temple (créé en 1987 sur fonds privés) le plus de protestants en un seul lieu pour le service dominical.

Son Eglise a essaimé et a donné naissance à quelques-unes des plus grandes églises protestantes en Russie, en Ukraine, en Arménie. Sous l’impulsion de ce dynamique pasteur évangélique, des écoles bibliques et des instituts de théologie ont été créés dans des dizaines de pays. 7000 missionnaires furent envoyés dans 55 pays par Livets Ord. Ce ne sont pas moins de 300000 personnes qui sont aujourd’hui concernées par les réseaux actifs de cette Eglise. Grâce à son action humanitaire, 17000 juifs russes ont pu s’installer en Israël lors de l’effondrement de l’Union soviétique.

Ulf Ekman a aussi écrit des dizaines de livres sur la foi chrétienne, ils se sont vendus à six millions d’exemplaires, traduits en 50 langues.

C’est sur ce tableau impressionnant que le choc survint il y a peu, lorsque le pasteur Ulf Ekman annonça qu’il se tournait vers l’Eglise catholique. Le seul parallèle d’un événement de ce genre remonte à la reine Christine de Suède qui devint catholique en 1654.

Dans un livre d’entretiens, Ulf Ekman explique comment il a longuement mûri cette décision au fil de ses engagements et de son expérience de terrain. Il en a conclu que l’unité des chrétiens est une question essentielle dans les temps que nous vivons, et que cette unité doit se préparer en adhérant à un corps ecclésial visible. Il estime que l’Eglise fondée par Jésus Christ subsiste dans l’Eglise catholique qui offre une plénitude de vérité, quels que soient les défauts que l’on puisse lui trouver. Il conteste l’attentisme démobilisateur des milieux œcuméniques, et toute sa réflexion tourne autour de la nature de l’Eglise.

Le pasteur Ulf Ekman remarque que, ces dernières années, de nombreux pasteurs évangéliques américains se sont tournés vers l’Eglise catholique. Il cite des noms célèbres : les pasteurs Scott Hahn, Richard Borgman, Andy Comiskey, et d’autres moins connus.

En Suède, plus près de lui, le pasteur évangélique Peder Bergqvist qui dirigeait un centre spirituel très fréquenté à Stockholm a été ordonné prêtre il y a 3 ans.

Récemment, un pasteur évangélique renommé aux USA, Rick Warren, est allé à un colloque à Rome, et il a appelé les fidèles de toutes les Eglises chrétiennes à travailler ensemble à la mission. Il a insisté pour dénoncer les préjugés anticatholiques propres à certains milieux évangéliques intégristes.

Ulf Ekman et son épouse ont donc été reçus dans l’Eglise catholique  en 2014, avec le sentiment de rentrer à la maison. Un de leurs quatre fils les avait précédés un an plus tôt. Les trois autres sont restés protestants.

Dans son interview, Ulf Ekman explique que sa recherche était celle de la dimension sacramentelle de la foi. Il précise qu’en devenant catholique il n’a pas changé de religion. Il s’était converti au Christ à l’âge de 19 ans, après une période d’errance. Ulf Ekman ne remet pas en cause les acquis positifs de la Réforme, dont certains se justifiaient à une période troublée où le recadrage sur l’essentiel s’avérait nécessaire. Mais il constate que des dérives se sont produites par la suite, dans ce qu’il nomme l’idéalisme protestant qui veut que l’on se débrouille seul, sans structures, sans direction, attitude qu’il estime anarchique et de type gnostique.

Un personnage célèbre l’a marqué dans son cheminement, c’est Henry Newman, pasteur anglican devenu prêtre catholique puis évêque et cardinal au 19ème siècle. Son témoignage l’a encouragé à approfondir la théologie du mystère de l’Eglise et à se positionner de manière plus exigeante.

Ulf Ekman pense que les chrétiens d’aujourd’hui ne s’en sortiront pas s’ils ne s’intéressent pas à l’histoire du christianisme, s’ils ne renouent pas avec les trésors de la foi des premiers siècles…

Néanmoins, Ulf Ekman reste centré sur la relation au Christ, sur la fidélité aux Saintes Ecritures, mais il juge que les pratiques des milieux évangéliques sont trop littéralistes et émotionnelles. On ne peut se contenter, dit-il, d’une expérience de foi individualiste, on a besoin d’accéder à une dimension communautaire qui est celle de l’Eglise universelle. Il constate la différence de perspectives entre l’esprit protestant plus individuel et l’esprit catholique plus communautaire, à la manière du peuple juif. Nous devons être, dit-il, « l’Eglise ensemble ». Après 40 ans d’expériences au sein de mouvements de réveil à succès, Ulf Ekman fait le point. Il estime qu’aux Etats Unis comme en Europe du Nord le mouvement évangélique a touché ses limites et qu’il ne progresse plus, contrairement à ce qui en est dit dans certains médias.

Ulf Ekman pense qu’aujourd’hui, être charismatique, c’est croire en l’action de l’Esprit Saint unificateur. Il cite Irénée de Lyon disant que « Dieu crée et agit avec deux mains : Jésus Christ et l’Esprit Saint ». Il est persuadé que Jésus, l’Eglise, l’Esprit et l’Ecriture tiennent ensemble, on ne doit pas les diviser. Et il se réfère à Paul dans sa lettre à Timothée (3,15): « comment il faut se conduire dans la maison de Dieu qui est l’Eglise du vivant, pilier et soutien de la vérité ».

Dans cette nouvelle étape de vie spirituelle, qu’il vit sans aucun triomphalisme, Ulf Ekman réfléchit avec son épouse au projet de devenir prêtre. L’évêque catholique de Stockholm, Anders Arborelius, accompagne son cheminement pastoral.

L’engagement œcuménique du pasteur Ekman a déjà suscité beaucoup d’intérêt en Suède, et les réunions bibliques qu’il organise toujours ne désemplissent pas. Il veut ainsi prendre au sérieux la prière du Christ en St Jean 11.51 : « réunir en un seul corps les enfants de Dieu dispersés »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.