Lettre ouverte à Emmanuel Macron concernant les chrétiens persécutés algériens

Au travers de cette lettre, j’aimerais attirer votre attention sur la situation des chrétiens persécutés en Algérie. Une situation qui dure depuis plusieurs mois et pour laquelle votre gouvernement refuse de se prononcer.  

Je me présente, je m’appelle Nathaniel, j’ai 28 ans, je suis français, chrétien protestant évangélique. Je suis une personne sans aucun souci avec la justice, aucun casier judiciaire, je n’ai rien à cacher, rien à prouver. Je suis une personne normale, vivant d’une manière normale, de manière simple. Je ne suis pas dirigeant d’une entreprise. Je suis une personne lambda mais surtout, je suis une personne inquiète tant votre idéal politique est loin du mien et tant vos valeurs sont totalement éloignées des miennes ; cependant je suis respectueux face à vous, parce que vous avez été choisi pour gouverner notre pays. Je suis inquiet de voir mes frères chrétiens souffrir sans raison et de me rendre compte que vous avez choisi le silence, vous mais également votre gouvernement.  

Je m’intéresse énormément à la vie politique, de mon pays bien sûr, mais également du monde entier. Je m’y intéresse beaucoup.

C’est en m’informant, comme je le fais tous les jours, que j’ai pu voir que depuis la crise politique qui a agitée l’Algérie cette année, la situation des chrétiens (qui restent minoritaires dans ce pays) s’aggrave jour après jour. Il y a quelques temps, la plus grande église protestante du pays a été fermée par le gouvernement militaire d’Algérie. Entre le 15 et le 16 octobre ce ne sont pas moins de 3 églises protestantes qui ont été fermées par les autorités.  

L’EPA, qui revendique 46 lieux de cultes dans 12 des 48 régions du pays et une dizaine de milliers de fidèles, est une association agréée depuis sa création en novembre 1974. Celle-ci a annoncé que les autorités algériennes ont fermé mardi 15 et mercredi 16 octobre trois nouveaux lieux de culte qui regroupent une cinquantaine de communautés. Le motif officiel de ces fermetures est « exercice du culte sans autorisation », mais « c’est un prétexte ». Les trois églises sont situées l’une à Makouda et deux à Tizi-Ouzou, deux localités de la région de Kabylie, à environ 90 km à l’est d’Alger. 

L’ordonnance du 28 février 2006 sur les « conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulman » conditionne l’ouverture d’un lieu de culte à une « Commission nationale des cultes ». Il y a 11 mois, le ministre des Affaires religieuses Mohamed Aïssa avait rappelé que la liberté de culte est garantie par la Constitution, mais affirmé que l’EPA « ne respecte pas les lois algériennes ». Mais il parait évident que c’est une volonté délibérée de faire taire la voix de ces chrétiens car selon eux « ils font trop de bruit ».  

Une vidéo a été partagée dans laquelle nous pouvons voir que les autorités chassent de manière violente les chrétiens de ces lieux et ce, de manière délibérée. 

Voilà en ce qui concerne les faits. 

Mais si j’attire votre attention, c’est parce qu’il est inquiétant de voir que votre gouvernement ne veut pas se prononcer (officiellement) et la question que je vous pose, Monsieur le Président de la République, est simple : pourquoi ? 

Pourquoi lorsqu’il s’agit des musulmans, vous pouvez faire de si long discours (sur un ton si poétique presque émouvant) alors que vous ne vous prononcez jamais sur les chrétiens, les chrétiens de France, mais aussi d’ailleurs.  

Je vous entends rarement parler de vos compatriotes qui sont chrétiens. Les chrétiens vous dérangent-ils à ce point ? Qu’est-ce que cela cache ?  

Je ne suis pas islamophobe, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas peur de l’islam. Je ne crains pas les musulmans. Je suis, certes, en désaccord avec eux, mais cela ne m’a jamais empêché de nouer des relations amicales avec des musulmans. Oh bien entendu, on peut débattre entre-nous sur des sujets religieux, mais n’est-ce pas le principe même de la démocratie dont la France se vante de la promouvoir ? Seulement voilà : 

Nous sommes conscients que nous, chrétiens évangéliques, nous sommes de plus en plus considérés comme des indésirables. Cela est évident. Comme, lors des débats sur le projet de loi sur la bioéthique, vous nous avez fermé la porte. Vous avez accepté la présence des catholiques, des musulmans, des protestants, des juifs, mais en ce qui concernent les évangéliques, c’est porte fermée. Pourtant, vous n’êtes pas sans savoir que nous représentons 650 000 évangéliques en France, soit environ un français sur 100. Donc notre voix est tout aussi audible sur les projets de lois. Cette mise à l’écart en ce qui concerne est vue comme du mépris à notre égard, et ne soyez pas surpris si je vous annonce que nous ne sommes pas surpris.  

Bien sûr que nous voyons que lorsque qu’il y a des reportages télévisés, nous sommes considérés comme une secte officieusement. Mais ce n’est pas un problème, cependant, Monsieur le Président, j’aimerais vous rappeler ceci : vous n’êtes pas le président d’une partie de la France, mais de toute la France. Vous êtes le président de tous les français, et pourtant, lorsque l’on se rend compte que vous pouvez être méprisant à notre égard, cela pose problème. Nous voyons nos libertés se rétrécir jour après jour. Nous voyons qu’une véritable pensée unique s’est installée dans les médias. Cette même pensée qui vous a porté au pouvoir.  

Pourtant, vous voilà, à la tête du pays, ce pays si grand, ce pays qui se vante d’être le principal auteur de la déclaration des droits de l’homme et citoyen. Rappelez-vous, l’article 10 de cette déclaration dit que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » 

Pourtant, Monsieur le Président, cette règle fondamentale, n’est pas acceptée, appliquée dans ce grand pays qu’est l’Algérie. Elle est tout simplement déformée, appliquée en mettant en place des lois restrictives dans le but de pouvoir persécutés nos frères. Un pays qui est, on peut le dire, un pays ami de la France. Un pays qui était il y a encore quelques années un département français. Cette déclaration, vous en êtes, de par votre position, le garant.  

Sachez, Monsieur le Président, que je suis français, respectueux des règles et des lois françaises, mais surtout et avant toute chose, je suis chrétien et ce sont mes frères algériens qui souffrent en ce moment. Je suis étonné et quelques peu scandalisé par votre silence, le vôtre mais aussi celui de votre gouvernement. Je suis scandalisé de voir que vous pouvez passer des heures à nous faire des discours sur un ton de mauvais acteur, qui ne ferait même pas verser une larme à un singe, je prends en exemple votre discours télévisé d’avril 2019 lorsque mon pays a traversé une crise majeure, celle des gilets jaunes. Un discours que je n’ai pu regarder les 2 premières minutes tant j’avais l’impression de voir à l’écran un jeune acteur, un mauvais jeune acteur mais définitivement pas mon président. Je prends le risque de dire ceci : votre capacité à nous parler, ressemble plus à une hypocrisie à peine cachée qu’une déclaration solennel sincère.

Serait-ce cette hypocrisie qui vous empêche de prendre des positions qui défendent cette déclaration à laquelle nous, français, sommes si attachés ? Une déclaration qui a coutée la vie à des centaines de milliers de personnes pour ne pas dire des millions, une déclaration pour laquelle, nous français, à travers les dirigeants successifs, faisons preuve d’un orgueil tellement flagrant dans le monde que cela nous rend totalement ridicule. Mais voilà, cette déclaration commune n’est pas respectée chez nos amis algériens et cela est inadmissible.  

Il est de votre devoir, Monsieur le Président, de dénoncer ces faits qui sont inacceptables pour nous de la même manière que vous dénoncez les violences commises sur les musulmans qui sont respectueux des règles de la République et qui, de par leur religion sont stigmatisés et souvent violentés.  

Il est de votre devoir, Monsieur le Président, de dénoncer la cruauté dont font preuve les dirigeants algériens, de la même manière que vous n’hésitez pas à prendre position pour nos amis musulmans français. Il est de votre devoir, en tant que garant de notre constitution, en tant que représentant de notre pays, de le faire sans plus attendre et ce publiquement.   

J’aimerais pour conclure, attirer votre attention sur le fait qu’une vidéo est présente sur Internet dans laquelle vous êtes interpellé directement et personnellement sur ce même sujet. Cette vidéo, publiée sur la page Facebook de l’église de la Porte Ouverte Chrétienne dans laquelle plusieurs pasteurs français vous interpellent, il vous est demandé pour le moins, Monsieur le Président, de la visionner, mais surtout d’y répondre. Notre voix sera entendue, car notre voix est tout aussi importante, voire davantage, que celle des musulmans français, de par notre nombre. Nous avons une certaine chance d’être en majorité dans ce pays, mais nous savons également que nous vivrons des pressions constantes de votre part. Nous le savons au travers des prises de positions que vous avez prises, au travers des lois que votre gouvernement vote et qui étouffent peu à peu notre voix. 

Cependant Monsieur le Président, nous chrétiens, nous sommes une seule voix, une voix unique, à vous interpeller sur la situation. Et croyez-le bien Monsieur le Président, jamais nous ne nous tairons. Notre voix sera entendue sur la terre mais également dans les Cieux. Jamais nous ne nous tairons face aux atrocités faites par vos amis, partenaires et même adversaires politiques. Nous avons le devoir d’être un phare.

Nous avons le devoir en tant que chrétiens français de faire savoir à nos frères algériens qu’ils sont soutenus et ce de toute les manières que ce soient. Qu’ils ne sont pas seuls et oubliés malgré les persécutions quotidiennes qu’ils subissent et malgré le silence des politiques. Nous le faisons, parce que nous les aimons, car nous, chrétiens du monde entier, nous sommes une seule et même famille. Si l’un souffre, l’autre le soutient dans l’amour. Nous avons tous cela à cœur, et croyez-le bien, nous le faisons depuis presque 2000 ans d’existence de l’Eglise. Nous, chrétiens protestants français, nous soutenons de manière indéfectible nos frères algériens. Tout comme nous soutenons, aimons et priions pour nos frères persécutés dans le monde entier. Et quels que soient les plans d’un ennemi, jamais la Voix de l’Eglise ne sera étouffée. A chaque seconde, une voix est portée, dans l’intimité de la prière, pour soutenir ces chrétiens et personne, que ce soit sur terre, dans les cieux, sous la terre et sous la mer ne pourra taire notre prière, jamais. Si vous avez choisi ce silence, nous, nous avons choisi de parler, de dénoncer mais également de prier. Car nous savons que c’est la prière qui soutient, qui porte.  

Oui, nous chrétiens protestants évangélistes nous ne vous soutenons pas toujours dans vos choix politiques, mais nous vous respectons de par votre position et c’est parce que vous avez cette position que nous avons tous, le désir de vous interpeller face à cette situation. Nous en avons le désir, le devoir, et la possibilité de le faire et c’est la raison d’être de cette lettre.  

Sachez, Monsieur le président, que ce courrier sera également envoyé à tous les dirigeants des partis politiques de mon pays, la France. Ce courrier sera également envoyé à la plupart des rédactions (TV, RADIO) et pour finir, il sera envoyé dans les ministères concernés, à l’Assemblée Nationale Française et au Sénat. De plus, ce courrier sera envoyé au Conseil européen de Strasbourg ainsi qu’à la plupart des ONG qui seront aptes à diffuser cette alerte. Cela est fait uniquement par soucis de visibilité afin que ce courrier ne devienne pas lettre morte. Car, comme je l’ai dit précédemment, notre voix sera entendue d’une manière ou d’une autre car il est inadmissible, inacceptable, intolérable que votre gouvernement se taise face à la situation de ces chrétiens persécutés en Algérie. Nous nous attendons tous, chrétiens protestants évangélistes français, à une réaction officielle, publique et sans langue de bois de votre part. Nous nous attendons à ce que des prises de positions soient engagées. Nous les attendons sans plus attendre, car cette situation s’aggrave jour après jour. Je ne désire pas être mis en lumière, car il ne s’agit pas moi, mais je souhaite, nous souhaitons, que cela soit rendu publique. C’est pourquoi je ne m’attends pas à une réponse personnelle, cela ne servirait pas la cause des chrétiens algériens.  

Bien entendu nous ne sommes pas parfaits, et bien que certaines dérives existent au sein de certaines assemblées comme il en existe dans toute organisation humaine, ce n’est pas pour autant que le silence doit primer alors que la violence elle, elle est bien réelle. Et la violence ne saurait être dénoncée, impunie. Je ne désire pas que cette citation s’avère vraie pour vous : « le silence consent ».  

La laïcité, c’est de ne pas préférer une religion par rapport à une autre ou d’avoir une préférence pour un courant plutôt que pour un autre. Parce que si tel est le cas, c’est simple : la France deviendra une terre musulmane ou la loi islamique sera appliquée. C’est une logique évidente, que même un enfant de 4 ans pourrait comprendre.  

Dans l’attente d’une réaction de votre part, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération. 

A Mulhouse

Le 23 octobre 2019